chroniques

Mercredi 2 avril 2008 3 02 /04 /2008 20:10

Je me trouvais samedi soir chez un ami qui organisait une soirée pour fêter son emménagement dans notre ville. Après avoir bien bu et bien dansé, nous nous sommes retrouvés à quelques uns à l’extérieur, autour d’une table dressée sur la rue, pour prendre l’air et discuter un peu. La nuit était froide et l’heure avancée, mais l’esprit encore vif. Il y avait là, entre autres personnes, un de mes vieux amis de l’époque où nous étions syndicalistes-étudiants, et, comme souvent lors de nos rencontres, nous parlions politique, sans jamais réussir à tomber d’accord. Mon ami, qui a longtemps milité sur les questions liées à la formation, est membre du Parti Socialiste. Je ne lui jette pas la pierre : à l’époque où nous avons fait connaissance, j’étais trotskiste – ce qui, comme chacun sait, mène à tout à condition d’en sortir.

 

Comme à notre habitude, nous discutons de ce que pourrait être le modèle de société idéal. Nous commençons par débattre au sujet des pays scandinaves et de leurs systèmes sociaux très progressistes, et puis, par un de ces détours sinueux propres à la conversation (surtout si tard et avec autant de verres de blanc derrière nous), mon ami se met à nous faire un petit exposé sur le rastafarisme, dont il arbore un symbole sur sa casquette, et à nous présenter les différentes communautés et les différentes visions du monde qui coexistent dans cette culture. Il évoque ensuite les musiciens issus de ces milieux et le succès international rencontré par certains avant de regretter que de nombreux chanteurs de reggae osent clamer haut et fort leur homophobie et soient suivis sans la moindre remise en question par un public important, souvent jeune et occidental. « C’est dû à leur vision traditionnelle » explique-t-il en faisant la grimace, un peu comme pour leur trouver des circonstances atténuantes. Je lui fais remarquer que la plupart des sociétés traditionnelles, quelles qu’elles soient, ne disent pas autre chose que les rastafaris sur la question de l’homosexualité, à commencer par une grande partie des chrétiens. De là à parler d’homophobie, le terme est peut-être un peu excessif. J’ajoute que pour nombre de communautés étrangères présentes sur notre sol, rien ne prête plus à rire que l’homophilie idéologique et forcenée de nos élites autochtones.

 

Mon ami, lui, ça ne le fait pas tellement rire. Il n’est ni catho-tradi ni musulman, il n’est pas homo non plus d’ailleurs, mais il a déposé deux motions à l’interne du Parti Socialiste pour intégrer dans le programme de campagne l’idée du mariage gay et de l’adoption d’enfants par des couples homosexuels. Mais, à sa grande déception, les deux motions ont été balayées par les dirigeants du Parti. Il peste contre cette "arrière-garde chrétienne et réactionnaire" qui sévit jusque dans les partis de gauche. Arrière-garde, vraiment ? « A mon avis, lui dis-je, ce ne sont peut-être pas leurs convictions qui sont en cause, mais tout simplement leur stratégie électorale. Qu’auraient-ils eu à gagner à accepter tes motions ? Est-ce que les électeurs socialistes n’attendent pas qu’on leur parle d’autre chose que du mariage gay ? C’est du sociétal tout ça, le peuple veut des propositions concrètes qui concernent sa vie de tous les jours. » Il n’est pas d’accord. Je poursuis : « Essaie de te mettre à la place de l’électeur moyen. Le poilu en bleu de travail qui vote PS depuis trois générations parce qu’on lui a dit que c’était le parti des travailleurs, qu’est-ce qu’il en a à fiche de l’émancipation des marginaux, des revendications ultra-communautaires et de tout ce foin ? Non seulement il s’en fout, mais en plus il trouve surement tout ça de très mauvais goût. » Mon ami me regarde avec des yeux ronds : « D’où tu sors tes poilus en bleu de travail ? L’électeur moyen du PS gagne six à sept mille francs par mois [plus de 4600 euros]. On a fait des statistiques là-dessus. »

 

Sur le coup, je suis scié. Non pas que je sois surpris, je sais que ça fait bien longtemps que le PS est un parti plutôt bourgeois, mais je suis abassourdi que ce soit justement un socialiste encarté, un membre du Parti, et de son aile gauche en plus, qui me le confirme avec une telle franchise et apparemment sans trop de complexe. « En ville, un électeur type du PS, c’est... disons un professeur d’université, ou en tout cas un haut salarié de la fonction publique » ajoute mon ami. « Dans ce cas-là, tu as raison, dis-je en soupirant. Si vous vous appuyez sur les bobos pour survivre, vous feriez certainement bien d’ajouter dans votre programme l’adoption d’enfants pour les couples homosexuels. Ca les inspirera certainement plus qu’un projet de caisse-maladie unique ou de baisse des loyers... » J’ai très froid soudain. Nous décidons d’un commun accord de continuer la conversation à l’intérieur. En passant le pas de la porte, j’essaie de voir le bon côté des choses : à plus ou moins brève échéance, le "social-démocratisme" est mort, c’est un fait, et nous n’allons pas passer un siècle à pleurer sur sa tombe. Entre une gauche bourgeoise et élitaire et une droite faussement populaire et réellement anti-sociale, une place reste à prendre, la place la plus importante. Celle d’un vrai front du peuple, d’un véritable mouvement social et patriotique. C’est précisément la ligne sur laquelle nous nous situons.

 

 

David L’Epée, 2 avril 2008

 
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Mercredi 12 mars 2008 3 12 /03 /2008 20:07

« Ponctualité suisse ! » note Alain Soral, amusé, lorsque je frappe à sa porte, à quinze heures précises, le retrouvant comme il avait été convenu à l’adresse qu’il m’a remise la vieille. Petit studio parisien, intérieur propre et fonctionnel ; une place pour chaque chose et chaque chose à sa place. Les paletots et les casquettes alignés en rangs sur les crochets, quelques tableaux d’art moderne, de nombreux livres (dont les siens, parfois traduits en italien), un grand sofa rouge, un portrait de Céline, et, face à son bureau, bien en évidence, en bleu-blanc-rouge sur noir, la charte d’Egalité&Réconciliation. Alain Soral est très occupé, il passe quelques derniers coups de téléphone avant de commencer l’entretien ; il n’est à Paris que pour quelques jours, il prépare une conférence à Dijon sur le thème "Gauche du travail, Droite des valeurs", il sort à peine d’une violente querelle médiatique où il a été vertement attaqué sur sa dernière apparition télévisuelle chez Franz-Olivier Guisbert. « Je connais bien Genève, me dit-il tandis que je mets en place le trépied de ma caméra. Je suis Savoyard, les Soral sont originaires de la région genevoise. Comme Jean-Jacques Rousseau ! »

 

Nous prenons place sur l’imposant canapé rouge, la discussion s’engage. Le président d’Egalité&Réconciliation est en forme, il revient sur la création du mouvement, rappelant l’acharnement de la classe médiatique à le faire taire. Il fustige au passage avec une verve réjouissante les droitards qui tentent depuis le début de lui mettre des bâtons dans les rouges, les Bruno Larebière, les Bernard Antony, les Guillaume Faye, ces esthètes de la théorie métapolitique, économiquement incultes et historiquement attardés, toujours prêts à défendre une utopique union des droites, c’est-à-dire à pactiser avec les partis de la spéculation et de l’ultralibéralisme, ceux contre lesquels, justement, tout patriote devrait s’élever. « Vous noterez que dans le Front National, il y a "national" mais il n’y a pas "droite" » ajoute-t-il, rappelant qu’il place de grands espoirs dans le développement futur du premier parti ouvrier de France, notamment dans la ligne mariniste. Le pari est audacieux mais il peut mener loin : la place historique laissée par un Parti Communiste moribond est laissée vacante... Le Pen lui-même n’a-t-il pas dit : « Je suis le seul homme politique anti-système depuis la mort de Georges Marchais » ? Oui, il l’a dit, c’était dans le discours prononcé en 2007 devant le moulin de Valmy, un discours co-écrit par Alain Soral.

 

Mais la droite financière n’est pas seule en cause, nunance mon hôte. Elle est devenue l’alliée objective de la gauche bobo, celle des sociaux-libéraux PS et des trotskistes de la LCR : le cosmopolitisme, le multiculturalisme, l’esprit bourgeois, l’atlantisme, la haine du peuple, de ses valeurs et de son enracinement, ils ont tout cela en commun avec Sarkozy. « Nous ne voulons pas la dictature du prolétariat, rassure Soral. Défendre les travailleurs, défendre l’emploi, c’est aussi défendre les PME et les artisans, car ce sont eux qui font marcher le pays. Pas les multinationales ! » Et il explique que l’apparition de la grande bourgeoisie financière et internationale a profondément changé la donne ; les ouvriers, les employés et la petite bourgeoisie française, celle des employeurs modestes et des petits commerçants, ont trouvé là leur véritable ennemi et l’occasion historique de se réconcilier pour tenir tête à cet ennemi – c’est là le vrai clivage signifiant de notre réalité politique, rien à voir avec un duel gauche-droite.

 

Soral évoque avec attendrissement la figure de Jean Gabin, l’image même du Français populaire, avec sa gouaille des faubourgs et son bon sens terrien, dont la filmographie dessine l’itinéraire de l’honnête homme : du jeune ouvrier ou soldat frondeur de ses débuts au patriarche des derniers films, celui qui s’est élevé à force de travail et d’efforts, c’est tout un reflet de la France qui se montre à nous – une France de solidarité, de patriotisme, de conscience de classe, d’honneur et de common decency. « C’est pour cette France-là que nous nous battons. »

 

Lorsque je sors de chez le président d’Egalité&Réconciliation, le temps s’est rafraîchi et il pleut. Comme je n’ai plus rien à faire cet après-midi, je vais flâner un moment du côté du Père Lachaise. Le grand cimetière labyrinthique est presque vide cette fois, certainement à cause du temps. Pas besoin, pour une fois, de répondre aux hordes de touristes américains qui cherchent la stèle en marbre de Jim Morrison. Comme à chacune de mes visites, je me rends directement vers la tombe de Blanqui ; elle n’est pas facile à dénicher mais je sais où elle se trouve. Après avoir épousseté la vieille pierre cachée dans un coin du cimetière laissé en friche, je parviens à distinguer, presque effacées, les lettres du nom de l’illustre révolutionnaire. Aucune gerbe de fleurs pour les héros du peuple de France, on préfère orner les tombes des gens du spectacle et des amuseurs publics.

 

Continuant à marcher, je me retrouve sans y penser face au Mur des Fédérés, terrible vestige du massacre des derniers résistants communards par les troupes versaillaises du maréchal Mac-Mahon. Les paroles de La Commune de Vae Victis me reviennent en tête :

 

Si tu te balades un beau jour
Près du cimetière du Père Lachaise
N'oublie pas d'aller faire un tour
Au pied du Mur des Fédérés

 

Ici les gars de la Commune
Ont fredonné leur dernier chant
Et leurs corps noyés dans le sang
Ont jonché les fosses communes...

 

Les bourgeois n'ont plus à trembler
Depuis ce joli moi de
mai
La république des bâtards
Est née du sang des communards...

 

Après avoir quitté le cimetière, j’entre dans un café pour prendre une bière. Un de ces cafés parisiens typiques où les gens du quartier, toutes origines sociales confondues, se retrouvent à la fin de la journée de travail et parient sur les courses de chevaux devant un ballon de blanc. Je songe, en terminant mon verre, que la France est un pays plein de potentialités, où le possible est roi, et que le travail de réconciliation que nous avons entrepris, avec Alain Soral et tous ceux qui nous ont rejoints à travers le pays et à travers une partie grandissante de l’Europe francophone, s’il commence à peine, ouvre un avenir plein de promesses. La sépulture des communards est laissée à la merci des ronces et du lierre rampant, mais leur esprit connaît une nouvelle jeunesse.

 

 

David L’Epée, 12 mars 2008

 

 

La vidéo de mon entretien avec Alain Soral sera prochainement visionnable sur le blog.

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Samedi 16 février 2008 6 16 /02 /2008 20:05

Le rapport de la commission Attali pour la "libération" de la croissance ne finit pas de faire des remous dans le paysage médiatique français. A gauche, notamment. Quoi de plus normal pour la gauche, demandera le lecteur candide, que de s’opposer à un rapport ultralibéral devançant les fantasmes les plus irresponsables du président Sarkozy et préconisant avec un cynisme estomaquant la déréglementation à tout va et la régression sociale ? Voilà bien une question dénuée d’ambiguité et sur laquelle la gauche n’aura aucune difficulté à se positionner, pensera-t-on. Et pourtant, soupirera le lecteur un peu moins candide, rien n’est moins sûr... Outre le fait que M. Attali soit un ex-mitterandien (repenti ?), le rapport en question, cohérent dans son libéralisme, appelle à un renforcement de l’immigration pour rééquilibrer la démographie française. Or, nos actuels gauchistes (ou du moins ceux à qui on donne la parole) sont passés en quelques décennies, sans avoir l’air d’y voir la moindre contradiction, du socialisme à l’immigrationnisme.


Internationale patronale, dumping salarial, nivellement par le bas des droits syndicaux et des conventions collectives de travail : autant de sombres réalités liées à la question sensible de l’immigration du travail et que nos mondialo-gauchistes ignorent royalement. Ce n’est pas trop de dire que la gauche d’aujourd’hui a un vrai problème avec la question migratoire ! En témoigne ce billet d’humeur de Charb, dans le numéro du 23 janvier dernier de Charlie Hebdo, affligeant d’aveuglement et d’idées reçues :

 


« Le coup de main de la fille Le Pen au gouvernement se présente sous la forme d’une déclaration dans laquelle la commission Attali sur la croissance est qualifiée de
"commission Attila". En effet, la commission préconise un retour massif à l’immigration. Rien d’humanitaire là-dedans, ni même rien d’humain, la France a besoin de main-d’oeuvre choisie qui bâtira nos logements et financera nos retraites. Marine voit dans cet afflux d’allogènes "un plan précis et organisé de disparition de la nation française telle que nous la connaissons." Marine Le Pen est au niveau des jeux de mots les plus vaseux de son père. Attali-Attila, dans l’esprit du petit blanc, est un barbare nomade et apatride qui va ravager la France en lançant sur elle ses hordes immigrées. Un nouveau complot juif est en préparation. [...] Vous voyez que la politique du gouvernement n’est pas fasciste puisque l’extrême droite la critique en appuyant ses propos d’un insupportable clin d’oeil antisémite ! »


Certes, on sait que la gauche selon Charlie Hebdo, telle qu’elle est (re)définie régulièrement par son maître à penser Philippe Val, est tout à fait particulière puisqu’elle se réclame d’une tradition libérale – sa définition n’est en fait pas très éloignée de celle de notre ami Jean-Claude Michea, à la différence que ce qui pousse Val à être de gauche pousse Michea à ne pas l’être et à lui préférer... le socialisme. Après tout, on est en droit de mettre tout ce qu’on veut dans la vieille notion de gauche, mais si on en retire la préoccupation sociale, comme le fait Charb sans même s’en rendre compte, on peut se demander ce qu’il en reste...


On se demandera en tout cas en quoi le jeu de mots Attali-Attila est un
"jeu de mots vaseux" (Charlie Hebdo raffole en général des calembours et les leurs sont souvent bien plus sulfureux) et on se demandera surtout où, dans ce jeu de mots, Charb a bien pu trouver une allusion antisémite ! A moins que les Huns – merveille du révisionnisme anthropologique – soient devenus du jours au lendemain un peuple sémite ? Si c’était le cas, évidemment, nous tomberions tout d’accord pour admettre que la boutade de Marine Le Pen était extrêmement blessante et indélicate, car Attila aurait alors été promu au statut de leader du peuple élu... Mais c’est assez : ne répondons pas à la mauvaise foi par la mauvaise foi. Charlie Hebdo est tout à fait en droit de ne pas compter les leaders du Front National parmi ses amis, le journal n’a jamais caché son hostilité pour cette famille de pensée, mais s’ils pensent vraiment que Marine représente pour la France une plus grande menace que les réformes prévues dans le rapport Attali, nos scribouillards libertaires montrent qu’ils auraient un urgent besoin d’une leçon de réalité.


Mais la gauche est plurielle, et à côté des anarcho-trotskards habituels on trouve aussi parfois – trop rarement – une gauche intelligente, réaliste, à l’écoute des faits et des besoins populaires, n’hésitant pas à défendre une ligne sociale-souverainiste encore marginale mais promise, à mon avis, à un bel avenir dans les années qui viennent. Encourant les foudres à la fois de la droite et de la bien-pensance bobo rose pâle, Marianne et toute l’équipe de Jean-François Kahn osent dire l’indicible : l’équilibre social passera par un plus grand contrôle des flux migratoires. Maurice Szafran l’explique dans le numéro du 26 janvier dernier :


« Que nous renâclions à une politique d’immigration plus ouverte, telle que l’a définie la commission Attali, nous l’avons exprimé à de nombreuses occasions. D’ailleurs, la gauche dite "morale" n’a cessé, pour cette raison, de nous diaboliser. Or, accepter cette nouvelle immigration du travail, c’est à la fois se mettre (à bon compte) dans la poche une partie de la gauche et acquiescer, qu’on le veuille ou non, aux thèses les plus rétrogrades du MEDEF, à son refus obstiné d’augmenter les salaires dans le secteur privé ; c’est de plus rendre un mauvais service aux immigrés en France, qu’il est urgent d’intégrer dans de bonnes conditions matérielles, politiques et morales. »


Nous ne saurions dire mieux.

 


David L’Epée, 16 février 2008

 

 


Sur le même sujet :   Philippe  Val  et  la  Confusion  Dogmatique

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Mercredi 23 janvier 2008 3 23 /01 /2008 20:00

Un lecteur nous a laissé quelques commentaires en réaction au dernier interview d’Alain Soral publié sur le blog. J’aimerais brièvement répondre ici à certaines de ses remarques.

 

 

Quoi qu’on puisse penser de l’entrée du Venezuela dans Mercosur, Chavez reste pour nous une des rares références politiques du temps présent précisément parce qu'il a su conjuguer sans aucune ambiguité les intérêts sociaux et les intérêts nationaux bien compris du Venezuela, ou plutôt parce qu'il a compris qu'il ne saurait y avoir aucune contradiction entre ces deux intérêts, l'un étant la condition sine qua non de l'autre. Cette évidence s'impose évidemment beaucoup plus facilement dans un pays marqué par le bolivarisme, et plus généralement dans tous les pays extérieurs à la sphère idéologique occidentale, sphère qui en est encore à chercher le progressisme du côté de l'internationalisme (internationalisme libéral et américanocentré bien sûr, car il semble que l'"autre" internationalisme soit un peu passé de mode).

 

 

Après l'ambiguité laisée chez nous par la révolution intellectuelle des Lumières, le traumatisme de la Seconde guerre mondiale et le brouillage des repères entraîné par les agitations de Mai 68 (soit le moment où le "socialisme" a été confisqué par les clans sorbonnards et la bourgeoisie), il nous est évidemment plus difficile de comprendre une idée aussi simple, mais aussi politiquement incorrecte que celle-ci : il ne saurait y avoir de socialisme sans souveraineté nationale. Chavez n'a certes pas été soumis aux mêmes pressions internationales et aux mêmes obstacles pratiques que Lula, mais les atouts économiques et énergétiques de son territoire, la mobilisation de son peuple et sa propre détermination ont permis de grandes victoires (son entrée à Mercosur ne remet pas en cause sa grande entreprise de nationalisation des ressources), et à cela nous ne pouvons qu'applaudir.

 

Vous vous demandez s’il faut se méfier d’un penseur qui s’exprime en termes de "valeurs". Le recours aux valeurs marque-t-il un positionnement de droite ? Certainement pas. Ce que nous appelons couramment la droite, c'est-à-dire le clan libéral, celui des héritiers d'Adam Smith, ne s'est jamais exprimé en terme de valeurs. Au contraire, il a toujours misé sur une conception amorale de la politique, persuadé – suivant une dialectique quasiment théologique où les lois du marché se substituent aux lois divines de ses prédécesseurs – que l'intérêt général naîtrait comme par magie de la somme de tous les égoïsmes individuels. L'actualité nous montre tous les jours à quel point ce catéchisme hypocrite est en constante contradiction avec la réalité.

 

Egalité & Réconciliation n'est pas plus anti-gauche qu'il n'est anti-droite, mais il est anti-libertaire et anti-libéral (alliance d’idées objective que Serge July, dans un rare accès d’honnêteté intellectuelle quant à son statut, appelait l’esprit li-li-bo-bo), et les zones de l'échiquier politique où triomphent ces deux idéologies complémentaires nous importent finalement assez peu. Le libéralisme représente la négation de toute valeur dans la mesure où il est non-éthique, voire, si l'on veut bien, anti-éthique. Le comportement libertaire qui l'accompagne (hélas souvent revendiqué par la "gauche" que son embourgeoisement a poussé à la quête de tous les plaisirs) est tout aussi amoral puisqu'il appelle à la libération de l'individu des "vieilles" valeurs que sont le patriarcat, la common decency (cf. Orwell ou Michea), la pudeur, la famille, le sens de l'honneur ou la nation. Car il s'agit bien là de valeurs et non uniquement d'idées abstraites. Soral, lui, souhaite réintégrer ces valeurs et je ne peux que le suivre dans cette entreprise. Nous pensons comme Rousseau : "Il faut traiter la société par les hommes, et les hommes par la société : ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n’entendront jamais rien à aucun des deux".

 

Quant au ralliement à tout le monde et à n’importe qui qu’impliquerait d’après vous notre travail de réconciliation nationale, il n’en est pas question. Soral appelle en effet, pour reprendre son slogan désormais connu, à la "réconciliation des Gaulois et des Cé-frans", termes imagés désignant les Français dit de souche et les populations d’origine immigrées. Il s’agit là de dire que chacun doit être traité, selon l’égalité républicaine, en tant que citoyen du pays où nous vivons et non en tant que ressortissant ou selon ses critères ethniques. Le principe républicain, souvent aux antipodes de la doctrine de ceux qui se revendiquent "identitaires" et parlent sans cesse de nation sans y croire (puisque qu’ils ne se laissent le choix qu’entre identités ethniques et régionalismes), considère les gens en fonction de leur nationalité, qu’elle soit héritée ou acquise, et non en fonction de leur couleur de peau ; c’est là un vrai progressisme mais qui est très peu partagé par les grands partis du système puisque ceux-ci préfèrent actuellement surfer sur la vague de l’éloge du cosmopolitisme et du métissage, c’est-à-dire d’une analyse de la situation reposant sur l’ethnique.

 

Partant de là, le projet d’Egalité & Réconciliation pour la France (je ne m’y étendrai pas longtemps car je ne suis pas Français et je préfère laisser mes camarades de l’Hexagone s’exprimer sur le sujet) est de rassembler ces deux "catégories" de Français sous la même bannière, relativement au statut que leur confère la République et à leurs intérêts communs – intérêts de citoyens, de travailleurs, de contribuables. Les individus qui affament et méprisent ces populations (cette population, devrais-je dire), n’ont pas eux non plus de couleur : spéculateurs, lobbyistes, émissaires de Washington et de Tel-Aviv, intellectuels vendus au système. Ramener la paix civile et un semblant d’unité dans les banlieues (puisque c’est bien de cela qu’il s’agit) est certes un objectif ambitieux et il ne s’agit pas, comme vous semblez le craindre, de vendre son âme au diable et de se réconcilier avec les ennemis du peuple français. Car, de toute évidence, la minorité de voyous qui sévit dans ces zones périphériques, les pyromanes, les casseurs, les pillards, les hooligans, ne méritent pas d’être Français. Nous n’avons rien de commun avec eux et nous ne trouverons jamais aucune circonstance atténuante pour ceux qui incendient les bibliothèques, crime impardonnable dont la valeur symbolique est extrêmement violente et inquiétante. Conscients que ce lumpenproletariat (qui vit d’ailleurs souvent dans des conditions sociales bien meilleures que ce qu’on appelle le prolétariat !) est minoritaire et qu’il est, contrairement à ce qu’aboient les sionistes de tous les médias, moins influencé dans ses actes et son attitude par l’Islam que par l’esprit consumériste américain et sa posture bad boy de clip MTV, nous disons comme Marx : ceux qui se battent pour les travailleurs ne doivent pas s’allier avec la racaille.

 

J’espère que ces quelques précisions auront pu vous rassurer quant aux objectifs que nous nous sommes fixés pour l’année 2008.

 

 

David L’Epée, 23 janvier 2008

 

 

Sur le même sujet :   Ne  nous  Trompons  pas  d’Ennemi (partie I)     Ne  nous  Trompons  pas  d’Ennemi  (partie II)

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Vendredi 23 novembre 2007 5 23 /11 /2007 13:20

Vox NR et No Media publient cette semaine un article de David L’Epée sur l’UDC et la désinformation qui a pu être faite au sujet de ce parti dans certains milieux français. Il s’agit de remettre les points sur les i et de ne pas prendre pour des alliés objectifs ceux de nos ennemis qui se cachent derrière le masque du patriotisme pour mener les politiques les plus destructives et les plus contraires aux intérêts des peuples.

 

« Si je prends la plume, le temps de quelques lignes, pour entretenir mes camarades français de ma patrie – la Suisse – c'est que je m'y sens obligé par un devoir d'information. En effet, pour la première fois depuis longtemps, les médias au niveau international se sont fait un large écho de la campagne des dernières élections nationales suisses. En Europe surtout, comme l'a relevé un récent numéro du Courrier International qui consacrait son dossier central à cette question, notre pays a plusieurs fois fait les gros titres, présenté comme la zone obscure du continent, l'avant-poste du repli isolationniste et du racisme le plus outrancier. Ces allégations, bien sûr, relèvent du fantasme. On ne s'en offusquera pas outre mesure, tant on est habitué au goût de la grande presse pour le sensationnalisme et la simplification. Ce qui est plus problématique, par contre, c'est qu'une partie importante des médias de la nébuleuse social-souverainiste et national-révolutionnaire française (presse et sites web confondus) est tombée dans le même écueil en répétant la même chose que Le Monde ou Libération et en se contentant, pour toute liberté d'esprit, d'adopter le jugement inverse – prenant la défense inconditionnelle de l'Union Démocratique du Centre (UDC), parti d'extrême droite par qui le scandale était arrivé.


Par ignorance, par esprit de provocation ou par l'envie bien compréhensible de trouver à l'étranger un allié de taille dans le combat qui est le leur, plusieurs de nos camarades français ont faussé involontairement le débat en réinterprétant la situation helvétique à leur guise et en donnant une définition erronée de l'UDC. Cette définition, idéaliste et absolument fausse, était à peu près la suivante : l'UDC serait un parti de patriotes en lutte contre les diktats de l'Union européenne et l'immobilisme de la classe dirigeante, un mouvement d'opinion fondé par de braves paysans appelant à une révolution institutionnelle et soutenu massivement par le peuple suisse. Si c'était la vérité, il y a longtemps que j'y aurais pris ma carte ! Mais la réalité est moins rose... »
 

 

Lire la suite sur VoxNR

 

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Participer au débat sur le forum Convergences

 

Participer au débat sur le forum d’Alain Soral

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Mercredi 21 novembre 2007 3 21 /11 /2007 13:16
Dans son édition de lundi (19 novembre), Le Temps consacre une double page au rappel d’un événement marquant de l’histoire du sport (et de l’histoire tout court) du XXe siècle : les Jeux Olympiques de Berlin de 1936. La recherche est principalement axée sur la « complicité » de quelques sommités de divers pays européens, notamment au sein du comité olympique, dans la mise en oeuvre de ce projet à forte connotation politique. Il est toujours intéressant – essentiel même – de revenir, même dans les grands médias, sur notre passé, notre histoire. Mais l’instrumentalisation de cette histoire à des fins politiques, elle, est détestable. Et c’est précisément ce que fait Le Temps : il ne rappelle les Jeux de Berlin, de sinistre mémoire, que pour dénoncer les prochains jeux de Pékin, le régime chinois étant, en vertu de ce parallèle indigne, comparé au Reich hitlérien. Les allusions sont d’ailleurs très explicites, on n’est pas dans le sous-entendu mais dans la diabolisation la plus directe, annoncée en toutes lettres dans un petit texte infamant en tête d’article. On croirait lire du Bayrou ! Si le Parti Communiste Chinois ne se distingue pas du NSDAP, alors Le Temps ne se distingue pas du Matin Bleu – et il le prouve.

 

David L’Epée, 21 novembre 2007

 

 

Sur le même sujet :    

-  L’Esprit  Olympique  en  Question

-  Les  Jeux  Olympiques  de  2008 :  le  Couronnement  du  Miracle  Chinois

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Lundi 22 octobre 2007 1 22 /10 /2007 19:47

« Cocu pour cocu, je préfère ne pas être consentant, alors je ne vote pas. » me murmurait Michel Audiard du fond de je ne sais plus quel recueil. J’aurais mieux fait de l’écouter, ça m’aurait fait économiser un timbre, d’autant que les timbres justement, comme tout ce qui concerne la Poste en général, ça a tendance à furieusement augmenter ces dernières années. Certaines mauvaises langues vous diront que c’est en rapport avec la montée de l’UDC et des idées libérales en général dans ce gouvernement – les gens sont méchants.


La tendance générale des élections nationales d’hier, vous les connaissez : renforcement de l’UDC et des Verts, écrasement graduel et tragicomique du Parti Socialiste (bon débarras). Je n’en ferai pas mystère, cette année, je me suis laissé tenter par un vote rouge. Ca fait un moment que j’ai pris mes distances avec l’"extrême-gauche" (maintenez les guillemets) mais j’ai décidé de voter Denis de la Reussille, candidat du Parti Ouvrier Populaire (POP), parce que c’est un bon type tout à fait capable. J’ai eu l’occasion de discuter quelquefois avec lui et il m’a donné l’impression d’avoir les pieds bien sur terre et de se démarquer clairement de la clique politicarde habituelle qui sévit à droite comme à gauche. Denis, c’est un homme de terrain, qui a largement fait ses preuves au Locle, la commune dont il est président, et qui aurait fait, j’en suis sûr, un bon conseiller national. Perdre un Vanek pour gagner un de la Reussille, ça aurait été tout bénef pour la gauche. Il a d’ailleurs fait un score tout à fait remarquable mais un seul leader ne suffit pas à tirer toute une liste et c’est là ça a coincé. Tant pis, ce sera pour une autre fois.

 

Je n’aurais peut-être pas dû faire cette confession électorale, on va le prendre pour un coming’out et je vais me refaire à nouveau, comme au temps de mes jeunes années, traiter de sale rouge, de "gauchiste" (ne touchez pas aux guillemets), de néo-stal, j’en passe et des meilleures. Ces aboyeurs-là n’ont qu’à aller faire un tour ici même, sur mon blog, et ils verront bien que je ne tombe pas sous leurs étiquettes périmées ; ils verront aussi que j’ai plein d’autres vices auxquels même les plus fieffés "gauchistes" (n’approchez pas des guillemets) se refusent avec un frisson de dégoût, de ces fruits défendus dont le peuple est si friand et qui donne des sueurs froides aux partis de toutes les couleurs...

 

Les Verts – c’est un phénomène qui se précise – font une percée remarquable. C’est dans l’air du temps. Tant mieux. Les écolos, on en a besoin, je ne reviens pas là-dessus. Au moins, le programme des Verts, on le connaît depuis trente ans, il y a une constance qui force le respect. Les gentils bonimenteurs de la jeune droite cool et décomplexée, eux, ne se sont découverts une âme écolo que depuis le début de la campagne (il suffit de relire leurs prises de position au Parlement, leurs pedigrees parlent pour eux). C’est un peu court. Le plus médiocre des Verts sur un siège du Conseil national sera toujours moins nuisible à la biosphère que le meilleur de ces nouveaux sophistes d’un lobby bourgeois pompeusement appelé Ecologie Libérale. Je mets au défi M. Christian Blandenier, candidat libéral neuchâtelois, de me contredire sur ce point, lui qui a été incapable de répondre à une question simple que lui avais posé lors d’un débat public : comment concilier libéralisme et responsabilité environnementale ? comment justifier, pour un "écologiste libéral" (prenez bien soin des guillemets) comme il prétend l’être, qu’on fasse venir de l’autre bout du monde (souvent à grand renfort de kérozène pas très propre) des biens de consommation qu’on peut tout à fait produire chez nous ? Sa réponse a été d’une remarquable concision : « Sachez, Monsieur, qu’on peut être écologiste sans être marxiste. » Me voilà éclairé...

 

L’UDC, elle aussi, a fait un score historique lors de ces élections fédérales. On peut l’en féliciter, elle le mérite. Elle le mérite car les blochériens ont fait exactement tout ce qu’il fallait pour ramener à eux le maximum de voies, ce qui, en dernière analyse, est le but qu’on se fixe lorsqu’on participe à une élection. Je donne cette précision, car aussi difficile à comprendre que cela soit, ce n’était pas le but visé par la droite "classique" (méfiez-vous des guillemets) ni par le Parti Socialiste. Non, eux, vraiment, je crois qu’ils ne cherchaient pas à remporter la mise. Prendre le pouvoir, ce n’est pas leur truc, ils préfèrent laisser ça aux "populistes" (prononcer ce mot avec une moue de mépris), ce n’est pas pour eux ces basses ambitions, et tant pis pour les brebis galeuses qui, dans le pauvre peuple, les suivent encore.

 

Non pas que le succès de l’UDC me réjouisse, non, je suis comme 70% de la population de notre pays (soit environ le taux d’électeurs n’ayant pas voté UDC), j’ai poussé un gros soupir devant les résultats d’hier soir en me disant que ça pouvait difficilement être pire. Mais il faut rendre à César ce qui appartient à César : l’UDC a joué le jeu, elle l’a joué même jusqu’à ses extrêmes limites, elle a pris acte du fait que la démocratie, sous l’effet du libéralisme à l’américaine, s’était changé en ploutocratie – et elle en a tiré les conséquences. Victoire aux riches, le message est bien passé, merci. Couronnes de lauriers à gogo pour le premier parti du pays, donc, assez roublard et démocrate pour nous faire croire que sa volonté se confond dans la volonté du peuple, que tout le monde ici-bas ne rêve que de centrales nucléaires, de baisses d’impôts pour les grosses fortunes, de suppression des services publics et de grands autodafés pour les conventions collectives de travail, chiffons de papier utopiques d’un temps révolu. Mais puisqu’il faut rendre à César ce qui lui revient, soyons justes et ne concentrons pas tous les honneurs sur la seule UDC car elle n’est pas seul artisan de sa victoire. Rien n’aurait été possible sans la contribution bénévole et désintéressée (masochiste, diront certains) du Parti Radical (PRD), du Parti Démocrate Chrétien (PDC), du Parti Libéral (PLS) et du Parti Socialiste (PS), pour ne citer qu’eux, propagateurs généreux de la vulgate blochérienne à travers une multitude de contre-campagnes, contre-manifestations et contre-publicités. Même Ueli Maurer n’aurait pas osé rêver d’un soutien pareil ! Et ce n’est pas moi qui le dis, je cite Oskar Freysinger, UDC valaisan bien connu, qui disait ce matin dans Le Temps : « On aurait pu éviter de dépenser tout cet argent puisque les autres faisaient tout le travail à notre place ! »

 
Un grand bravo aux pleurnicheurs, au sainte-nitouches, aux crieurs-au-loup, aux antifascistes de salon, aux bien-pensants, aux moralistes de tous poils et de tous drapeaux, à la bonne conscience procédurière qui pense encore gagner devant le Conseil international des droits de l’homme ce qu’elle a perdu dans les rues de son propre pays. Merci aux pavloviens médiocrates de tous les partis et de tous les médias d’avoir préparé le terrain à la Suisse de demain, Suisse d’exclusion, de peur, de précarité et de chaos social, Suisse du tous contre tous, de l’entrepreunariat triomphant et du libéralisme tout-puissant. Vous avez quatre ans pour vous en mordre les doigts et prendre quelques leçons de démocratie et de communication. Qui sait, ça pourra peut-être encore vous servir. Après tout, tant qu’il y aura des élections...

 


David L’Epée, 22 octobre 2007

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Samedi 13 octobre 2007 6 13 /10 /2007 19:36

« Rentrez chez vous et racontez à votre famille et à tous vos amis ce que vous avez vécu ici ! » lance Toni Brunner, chef de campagne de l’UDC, à l’issue du défilé organisé samedi dernier par son parti dans la capitale. Cette phrase résume à elle seule la stratégie blochérienne de la provocation programmée et les raisons qui font que l’UDC sort gagnante des violences du 6 octobre – faisant feu de tout bois pour se présenter aux yeux de l’opinion publique comme la victime de tous les complots et de toutes les persécutions. Dans notre "démocratie du ressentiment" (pour prendre la terminologie et l’interprétation nietzschéenne), la victimisation de soi est l’arme ultime, car en bons héritier du judéo-christianisme, nous avons intégré l’idée que notre sympathie ne devait pas aller aux meilleurs mais aux victimes. Nul besoin de faire ses preuves, subir est une vertu en soi – gloire aux persécutés ! chantons-nous tous, convaincus de notre bon droit.

L’UDC l’a très bien compris, elle qui, sous certains dehors faussement virils, joue la carte des ostracisés, cible innocente des juges félons et des casseurs encagoulés. Cette attitude est d’autant plus détestable qu’elle se fonde sur pas grand chose : la conjuration parlementaire contre Blocher n’existe certainement que dans l’imagination de ce dernier, et quant aux quelques agités qui ont mis à sac il y a une semaine le centre-ville de Berne, ils ne représentent en aucune manière un danger réel pour le parti. Difficile, de plus, de jouer les victimes lorsqu’on a le budget de campagne le plus élevé de tous (plus de 15 millions), qu’on inonde le pays de tracts et d’affiches depuis des mois et des mois, et qu’on a à sa tête une clique de millionnaires peu avares lorsqu’il s’agit d’injecter dans la propagande. Non, décidemment, ça ne prend pas.

 

On m’a demandé ce que je pensais des événements de samedi à Berne. Tout d’abord, je n’y étais pas, il m’est donc difficile de juger des faits. Ces derniers sont pourtant simples : à l’issue de la contre-manifestation organisée par le groupe Mouton Noir pour bloquer le défilé blochérien, quelques centaines d’éléments plus radicaux (des blacks blocks pour faire court) ont saccagé le matériel prévu par l’UDC pour la fin de la manifestation (stands, tables, tentes, voitures, etc.) devant le regard amusé des chefs de l’UDC qui avaient prévu ce déchaînement de violence – qui l’avaient voulu – et allaient s’en servir pour rabâcher leur thèse. Nos ennemis sont des marginaux violents, des asociaux, des résidus du lumpenprolétariat, de la graîne de terroristes issue de l’extrême gauche, bref des individus qui n’ont rien de commun avec vous, peuple suisse, qui sont un danger pour vous, et si vous ne vous reconnaissez pas dans ces hordes sauvages, c’est que vous êtes des nôtres ! L’équation est simple.

 
Ils nous avaient fait le même coup en 2004 en tenant le congrès national de l’UDC à la Chaux-de-Fonds, ville de culture ouvrière et syndicale. Qu’était-ce sinon une provocation savamment pensée ? Résultat : des affrontements avec la police qui aboutiront à une quarantaine d’interpellations, dont la mienne, pour un fantasmatique "délit d’émeute". La justice nous ayant finalement donné raison, les blochériens, furieux, n’avaient plus qu’à attendre la prochaine occasion pour se faire les dents et relancer la chasse aux sorcières. La manifestation du 6 octobre à Berne était une de ces occasions. Tout comme la police genevoise, suite aux émeutes du G8 en 2002, l’UDC adopte la méthode américaine et publie sur son site quelques photos d’émeutiers (ou présentés comme tels), appelant les internautes à la délation – des méthodes de shérif pour un parti de desperados.

 
Mais au fond d’eux, les blochériens savent que ceux qui brûlent leurs voitures et arrachent leurs affiches n’iront pas voter, ni pour eux ni contre eux ; ils savent que le
"terrorisme anarchiste" signalé année après année par les rapports de la police fédérale (qui le sacre même "première menace pour la sécurité intérieure du pays" en 2004) n’est qu’un leurre grossier ; ils savent également – et c’est certainement cela le plus grave – que la plupart des jeunes et des moins jeunes qui manifestent régulièrement contre eux n’ont pas l’étoffe de révolutionnaires, ne savent absolument rien ou ne veulent rien savoir du programme économique mortifère de l’UDC, que seul un antiracisme frénétique et idéologique les fait se déplacer du Comptoir Suisse au Marché Concours, qu’on pourrait privatiser tout le pays et mettre toutes les familles sur la paille sans que ces héroïques jeunes gens ne bougent le petit doigt, tant qu’on ne parle pas de moutons noirs... La question est trop souvent éludée, mais quand comprendrons-nous que le véritable danger que représente l’UDC pour notre peuple n’est pas dans ce qui la distingue des autres partis de la droite libérale, mais dans ce qui l’en rapproche ? La laine noire des moutons qu’on voit sur tous nos murs, aussi détestable soit cette image, n’est qu’un nuage de fumée qui camoufle trop bien l’identité de fond de ce parti ultralibéral : l’anti-peuple, l’anti-Suisse, le sacrifice des droits sociaux et de la souveraineté populaire aux milieux de la finance, et ce au nom d’un vernis de patriotisme purement instrumental.

 

Pour toutes ces tristes raisons, il y a fort à parier que l’UDC sortira encore grandie de ces élections, qu’elle renforcera sa présence au Parlement, que Christophe Blocher sera réélu au Conseil fédéral, et que la faute en reviendra principalement aux idiots utiles, de gauche comme de droite, qui ayant passé tout l’été à pleurnicher sur une stérile polémique de moutons noirs, se retrouvèrent fort dépourvus quand la bise fut venue...

 

 

David L’Epée, 13 novembre 2007

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Jeudi 20 septembre 2007 4 20 /09 /2007 19:31

Depuis toujours, les élites ont eu des réticences à composer avec la démocratie, et si elles ont bien du se faire à un fonctionnement d’état républicain, c’est après avoir dépouillé autant que possible de ses pouvoirs de décision réels. Ces élites n’ont plus que le mot de « gouvernance » à la bouche, néologisme d’origine américaine qui exprime une sorte de gestion politique inspirée de l’entreprise privée et dans laquelle le peuple est progressivement écarté des affaires publiques (lire à ce sujet le très intéressant article Gouvernance d’Alain de Benoist).

 

A l’heure de la mondialisation, la résistance démocratique à des décisions prises parfois à des centaines ou des milliers de kilomètres de chez nous par des individus ignorant tout de nos conditions de vie, cette résistance passe par la revendication des souverainetés nationales et populaires, car elles seules peuvent nous garantir ce que Wilson appelait « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Les souverainismes ont de nombreux visages différents, mais on retrouve un point commun à tous : la volonté de confier les destins d’une nation au peuple qui l’habite et le refus de laisser ce peuple se laisser dépouiller de ce pouvoir décisionnel par des autorités étrangères ou supranationales. Pour les peuples européens, cette lutte s’inscrit aujourd’hui en premier lieu dans la résistance aux diktats de Bruxelles où le Parlement européen se contente d’ailleurs bien souvent de retransmettre les mots d’ordre de Washington en espérant nous y voir obéir docilement. Mais, Philippe Val nous l’expliquait il y a deux semaines dans un éditorial confus de Charlie Hebdo, le souverainisme ne saurait qu’être « honteux ». S’il le dit.

 

François Gross, chroniqueur au Temps, nous gratifie ce matin d’une attaque en règle contre les souverainistes (qu’il associe systématiquement à l’extrême droite et à l’ultranationalisme dans le but d’en détourner tous les vrais patriotes et tous les vrais socialistes). M. Gross nous met en garde contre le « tyran », soit le peuple lui-même. Bref, il voudrait d’une démocratie sans peuple. Sa harangue est assez représentative des positions défendues par les partisans de la « gouvernance » :

 

« Un bon candidat aux Chambres fédérales ne devrait pas oublier de glisser au détour d’un exposé de campagne quatre mots qui plongent l’auditoire dans une félicité perceptible. Quels sont-ils ? Tout simplement : LE  PEUPLE  EST  SOUVERAIN. Aussitôt, chacun dans la salle se carre dans son bon droit et ceint mentalement une couronne : C’est nous qu’on commande. Et d’envoyer valser pêle-mêle Bruxelles, les Nations Unies et ces conventions internationales que personne n’a lues et qui rognent les droits du monarque populaire. Aussi, quand le corps électoral et les cantons approuvent, en février 2004, l’internement à vie des délinquants sexuels ou violents jugés très dangereux et non amendables, le résultat de ce scrutin hautement émotionnel entre en conflit avec la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme. Pas moyen de biaiser. Il faut légiférer. Une commission du National se met au travail et baisse bientôt les bras : impossible de concilier l’inconciliable. Du nanan pour le national-populisme qui tire de son carquois électoral des flèches empoisonnées contre le droit international. La Suisse, proclament les affidés blochériens [!], ne va quand même pas baster devant des juges étrangers. Ce serait une honte ! [...] Il est pourtant des valeurs qui s’imposent au souverain quel qu’il soit s’il ne veut pas dégringoler au rang de tyran. »    François Gross, Le Noyau Dur, in. Le Temps, 20 septembre 2007

 

L’exemple que prend M. Gross est tout à fait bien choisi et j’avais aussi l’intention d’en parler une fois car il est peut-être plus que tout autre révélateur des atteintes graves portées régulièrement à notre souveraineté depuis quelques années. Je me souviens très bien de ce scrutin de 2004 sur l’internement à vie des délinquants sexuels. J’avais longtemps hésité avant de voter blanc, peut-être influencé par le fait que cette initiative citoyenne avait été récupérée par l’UDC et que je n’avais aucune envie de plébisciter quoi que ce soit qui vienne de ce parti. Je travaillais à ce moment-là dans une usine de sous-traitance mécanique pour gagner un peu d’argent, et nous avions longuement discuté de tout cela avec les ouvriers ; leur verdict était sans appel : 100% d’ouvriers étaient favorables à la nouvelle loi, tous âges et  toutes nationalités confondus. Si je devrais revoter aujourd’hui après réflexion, je pense que je voterais oui moi aussi, surtout après les faits divers atroces qui ont marqué cette année, des viols entre mineurs aux enlèvements et assassinats d’enfants. Ce scrutin était peut-être « hautement émotionnel » comme le dit M. Gross, mais il est tout à fait légitime et compréhensible que l’électeur veuille protéger ses enfants et prendre des mesures fortes pour que notre société devienne un peu plus sûre et agréable à vivre. Inutile de dire que le oui avait remporté une grande majorité des voix.

 

L’an passé, même posté au coeur de la Chine et n’ayant pas le temps de me préoccuper des affaires suisses, j’ai appris la nouvelle à peine croyable : la Cour européenne des droits de l’homme déclarait la loi en question non valable car en contradiction avec sa jurisprudence. Et voilà comment une décision démocratiquement approuvée par un peuple et promulguée officiellement par son gouvernement est balayée d’un revers de manche. Le message est clair : le droit international prime désormais sur les droits nationaux et une clique de technocrates n’ayant peut-être jamais mis les pieds chez nous est plus compétente que nous pour savoir ce qui nous convient et comment doit fonctionner notre pays. Ce sont là des atteintes graves à la démocratie.

 

La réponse de M. Gross aux préoccupations des Suisses manque d’à propos. En traitant de « blochériens » tous les partisans de cette loi et, de manière plus générale, tous les souverainistes, il ne fait qu’insulter le corps électoral en usant bien mal à propos de la vieille tactique sans cesse répétée du « sursaut antifasciste », histoire de diviser pour mieux règner et de détourner l’attention du vrai problème. En effet, l’important n’est pas de savoir qui a proposé ce projet de loi au vote populaire, mais plutôt qui a osé déclarer ce projet non avenu après qu’il ait été accepté par la population. Et est-ce vraiment aux mondialistes et aux parangons du néo-féodalisme européen de nous traiter de tyrans ?

 

 

David L’Epée, 20 septembre 2007

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Mercredi 12 septembre 2007 3 12 /09 /2007 19:14

Revenu de Chine depuis peu, où j’ai pu voir comment fonctionnaient les écoles primaires, j’ai quelque peu de peine à reprendre pied dans la réalité scolaire suisse. C’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai repris ma place dans une école primaire pour donner quelques cours, mais mon optimisme a vite déchanté quand j’ai ouvert L’Express du 11 septembre. Le journaliste Matthieu Zehned y présentait un article pompeusement intitulé « Le téléphone mobile joue un rôle dans la quête d’identité ». Le ton était donné. La problématique traitée était la suivante : faut-il interdire le téléphone mobile à l’école ou l’intégrer à l’enseignement ? Extraits.

« L’interdiction ne représente pas la bonne solution. Les écoles devraient plutôt utiliser cet outil dans le cadre de l’enseignement. [...] L’Union des Conseils d’Etudiants de Suisse et du Liechtenstein (UCE) juge simplement l’interdiction du téléphone mobile à l’école insensée. Selon l’UCE, l’école a pour vocation de favoriser la responsabilité dans l’utilisation des nouveaux médias. [...] [Iren Schutz, universitaire allemande], qui effectue des recherches sur l’utilisation et la signification du téléphone mobile chez les jeunes, recommande même son emploi dans le cadre scolaire. Le mobile et son maniement doivent être thématisés dans l’enseignement. »


Revenant de Chine, disais-je, je ne pouvais être que vivement étonné de voir se poser de telles questions. Sommes-nous tombés si bas dans la pédagogie capitulatoire et le culte de l’enfant-roi pour perdre du temps à discuter sur un problème qui ne devrait pas se poser et dont la réponse tombe sous le sens ? Et l’UCE, c’est-à-dire les représentants des élèves, sont-ils vraiment les interlocuteurs adéquats pour ce type de discussion ? Que des structures de démocratie représentative existent dans les institutions scolaires, je m’en réjouis, mais qu’on demande à ces délégués, mineurs qui plus est, ce qu’ils préfèrent, qu’est-ce sinon un signe éloquent de faiblesse de l’autorité scolaire ? Je m’imagine faire voter mes élèves de huit ans sur ce genre de questions : devrais-je oui ou non tolérer que vous écoutiez de la musique en classe ? que vous gardiez vos casquettes sur la tête ? que vous puissiez jouer au game-boy ? mâcher du chewing gum ? Il y a fort à parier, et c’est bien naturel, que je récolterais un oui majoritaire ! Seulement, ce n’est pas comme cela que l’école fonctionne.
  

 

Les élèves et les professeurs sont partenaires, certes, mais ils ne sont pas égaux. Que l’on explique aux élèves que leurs professeurs ne veulent que leur bien, et ce sera bien suffisant. Et c’est parce que professeurs et élèves ne sont pas égaux et n’occupent pas le même statut que les règles de vie dans l’école ne se négocient pas. L’autorité scolaire a la compétence de prendre les mesures qu’elle juge bonnes et elle n’a pas à s’en justifier, en tout cas pas devant les élèves. L’interdiction du téléphone mobile ne devrait donc pas être discutée dans les médias et ne devrait même pas faire l’objet d’un « débat citoyen » : aux autorités scolaires de prendre leurs responsabilités et aux élèves de s’y soumettre.

 

Mme Iren Schutz, dont la doctrine fleure bon les pédagogies soixante-huitardes, nous assène que « l’école a pour vocation de favoriser la responsabilité dans l’utilisation des nouveaux médias. » Ah bon ? Il faut croire que le cahier des charges de nos instituteurs s’épaissit chaque jour... Mme Schutz, qui ne connaît certainement de l’enseignement que quelques épisodes de L’Instit voudrait faire de chaque instituteur un Gérard Klein idéal, c’est-à-dire un fonctionnaire dévoué, superhéros de l’humanitaire de préau et de la polyvalence, qui passerait ses jours et ses nuits à apprendre à ses élèves le maniement du mobile, d’Internet, de MSN, comment réparer son scooter, nourrir son tamagochi, danser le smurf, graver des DVD, et, éventuellement s’il reste du temps, faire un peu d’arithmétique et de français. Que les instituteurs n’aient pas de temps pour cela, que les programmes, malgré la baisse des exigences, soient difficiles à tenir et ne laissent guère de temps pour l’extra-scolaire, Mme Schutz n’en a cure. Elle est chercheuse, pas enseignante.

 

« Le mobile et son maniement doivent être thématisés dans l’enseignement » nous dit-elle. Partant du principe que les parents n’ont naturellement aucune responsabilité dans l’éducation de leurs enfants (c’est donc à l’école de s’en charger) et que l’art d’écrire un SMS est éminemment supérieur à celui du calcul mental ou de la grammaire, cette injonction se tient. A moins, bien sûr, que vous ne soyez pas d’accord. A moins que vous soyez de ces grincheux passéistes et vieux jeu qui pensez que l’école doit rester un milieu imperméable aux influences de la société extérieure et que c’est justement cette imperméabilité qui fait l’efficacité et la qualité d’un bon enseignement. Si vous êtes de ces empêcheurs-de-natelliser-en-rond qui considérez que l’école doit rester en dehors de l’agitation du monde marchand, sachez que vous êtes plus nombreux que vous ne le pensez. Dans le même numéro, L’Express lançait un sondage par SMS sur la question : faut-il oui ou non interdire le téléphone mobile à l’école ? Le lendemain, les résultats étaient publiés : 89% de oui, 11% de non. Que demande le peuple ?


David L’Epée, 12 septembre 2007



 

Meme  les  Enfants  n’Echapperont  pas  au  Marché    Ce  « Ghetto  Scolaire »  qui  Prétend  Résister  au  Marché    L’Idéologie  du  Marché  est  Entrée  dans  l’Ecole

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