Samedi 19 janvier 2008

Bien que nous n’ayons pas d’affinité particulière avec la revue Politis, nous ne pouvons nous abstenir de placer cette chronique brillante du philosophe Denis Collin, collaborateur de ladite revue, dans notre rubrique "textes fondateurs" car il résume en grande partie la vision que nous avons des rapports du socialisme et de la nation. A lire attentivement et à méditer.

 

« La gauche a depuis longtemps un problème avec la nation. Le ralliement de la social-démocratie traditionnelle à l’impérialisme français entraîna par contrecoup une méfiance systématique à l’égard de la nation et des revendications nationales, si bien que l’internationalisme, qui suppose l’existence de nations séparées, a été remplacé par un anti-nationalisme ou un cosmopolitisme qui en est peut-être l’exact opposé. Pourtant, les traditions révolutionnaires et ouvrières sont intimement liées à la question de la nation, depuis la Première République jusqu’à la Libération en passant par la Commune. [...]

 

 

Confondant nation et impérialisme, la gauche internationaliste ne sut pas tirer les bonnes leçons de cette tragédie du mouvement ouvrier. En 1939, le pacifisme paralysa nombre de militants parmi les plus radicaux qui refusaient de prendre part à un conflit entre impérialistes... sans comprendre qu’alors, défendre la nation, c’était défendre la liberté des ouvriers et les acquis de la démocratie. Il est à craindre qu’on soit retombé dans les mêmes ornières. Et cela expliquerait la coupure de la gauche et d’une large fraction d’une classe ouvrière martyrisée par la mondialisation et la "concurrence libre et non faussée" imposée par l’Union Européenne, c’est-à-dire par les gouvernements capitalistes. Les ouvriers ont voté non au Traité Constitutionnel Européen parce que la nation est le seul cadre protecteur pour les dominés, alors que le démantèlement de tous les acquis et de toutes les protections sociales est conduit au nom de l’Union Européenne et de la mondialisation, "inévitable" et même "heureuse"...

 

Si la gauche avait présenté un candidat représentant le "non au Traité Constitutionnel Européen" et défendant les revendications ouvrières contre les règlements de l’Union Européenne, il aurait, à coup sûr, battu Sarkozy. Au lieu de cela, elle a laissé le champ libre au candidat du grand capital. Son tropisme atlantisme, ses convictions néolibérales, sa volonté d’en découdre avec les acquis sociaux et ses liens ostentatoires avec les couches supérieures du capital financier auraient dû éloigner de lui les classes populaires. Il a eu l’habileté d’enfourcher le discours "gaulliste" concocté par Henri Guaino et il a pu passer pour un défenseur des travailleurs en développant une rhétorique nationale et en s’annexant les héros de la gauche, de Jaurès à Guy Mocquêt. La mécanique même de cette tromperie devrait donner à penser. Il ne peut pas y avoir de politique internationale commune tant que l’Europe est accrochée au char de l’empire américain. Sortir de l’OTAN, s’engager à répudier toute politique de la canonnière, reconnaître le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ce sont là des mesures élémentaires pour construire une Europe juste et pacifique. »

 

Denis Collin, philosophe, "Pour une Europe confédérale, union de nations libres", Politis, 1er novembre 2007

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Mardi 15 janvier 2008

« Le Peuple Français vit intoxiqué par une série de mythes fondateurs et les patriotes le savent. Mais les plus évidents ne sont pas les plus décomposants. Beaucoup de patriotes sincères et honnêtes souffrent d’un mal profond – un mal anti-social. Cette pathologie les poussent à voir du bolchevisme ou du socialisme international derrière chaque grève, un aspirant commissaire politique dans chaque permanent syndical. [...] L’Histoire nous a appris, pour reprendre les mots de Thierry Maulnier qu’ "il est désormais impossible de justifier le nationalisme dans le cadre capitaliste de la société ". Pas de souveraineté française sans une totale indépendance de la France : pour l’énergie comme pour la diplomatie ou l’armée. Ce devoir que nous réclamons pour l’Hexagone, nous l’espérons un jour à l’échelle de l’Europe, dans un continent alternatif débarrassé de cette fiction libérale qu’est l’UE.

Nous sommes favorables au retour de la Nation. C’est un principe d’attachement, d’unité et de sécurité nationale. Nous voyons la Nation comme le cadre protecteur des travailleurs et des citoyens en ces temps socio-économiques difficiles et hostiles. Cependant, partout dans le monde des pays se regroupent sous forme de bloc au travers de valeurs communes pour résister à la mondialisation. Il est donc important que les Européens entreprennent eux aussi cette marche de l’unité continentale. Il est évident qu’une telle démarche doit prendre en considération les valeurs de respect des souverainetés, des identités et de l’indépendance nationale de chaque entité nationale en Europe. Cette voie alter-européenne est la vision politique et économique alternative et totalement opposée aux valeurs marchandes et libérales de l’eurocratie bruxelloise.


Le réflexe libéral des patriotes, que nous fustigions en introduction, a notamment pour origine un contresens historique : Sécurité Sociale, nationalisation de l’énergie et du rail sont des créations du CNR, le Comité National de la Résistance. On aurait tort de croire que ces résistants étaient des nostalgiques de la IIIème république et de ses magouilles. C’était des hommes neufs, avec un idéal social, tiré aussi bien de Marx que des Evangiles. Ne jugeons pas les communistes et gaullistes du passé français à travers leurs tristes épigones fatigués. C’étaient des patriotes qui savaient que le redressement de la Patrie passait par l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie. »

 

Grégory Gennaro, coordinateur du Mouvement Social et Patriote

 

Pour lire le texte en entier

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Samedi 5 janvier 2008

« Egalité & Réconciliation, c’est le rassemblement de citoyens venus d’horizons politiques très divers mais qui pour une grande part s’inscrivent dans la continuité d’une culture ouvrière porteuse de valeurs morales. Ensemble, nous réfléchissons aux moyens de sortir de l’impasse économique et sociale dans laquelle notre pays et nombre de ses habitants ont été jetés. Nous nous sommes d’ores et déjà accordés sur un préalable indispensable : la France doit retrouver sa souveraineté et son indépendance. Si nous ne réagissons pas rapidement face aux coups conjugués du libéralisme mondialisé et du communautarisme victimaire, nous nous dirigeons tout droit vers ce modèle américain qui entérine le creusement des inégalités et qui n’apporte que pauvreté, division, immoralité et violence. Nous voudrions faire prendre conscience à tous ceux qui ne se retrouvent plus dans les choix politiques proposés, pour ne pas dire imposés par les partis au pouvoir, qu’il y a une sortie possible : c’est la réhabilitation de l’idée de Nation.


Nous sommes convaincus que défendre la Nation et les valeurs qui lui sont attachées, c’est défendre les petites gens et les acquis sociaux. Nous pensons que le modèle français qui a fait ses preuves dans l’Histoire, notamment durant les Trente Glorieuses, est le seul qui puisse lutter contre le capitalisme apatride qui, de Bruxelles à Washington et durant ce qu’il conviendra désormais d’appeler les Trente Honteuses, a mis nos terres en jachères, a chassé nos compatriotes des usines et a mis à genoux les petits employés. »

 

Stéphane Pérales, responsable d’Egalité & Réconciliation pour le département de la Gironde 

 

« Le mouvement républicain Egalité & Réconciliation, fondé en 2007, se propose de démonter les mécanismes de ce libéralisme mondialisé, hier libertaire, aujourd'hui sécuritaire, en réunissant les patriotes épris de justice sociale et de valeurs morales. Le salut public ne passera que par la réconciliation des Français sur ces bases saines et élémentaires fidèles à leur Histoire, puisque le doux rêve européen est aujourd'hui devenu un totalitarisme larvé. L'élargissement de l'espace Schengen, de même que l'adoption du traité dit simplifié au mépris des suffrages exprimés deux ans auparavant en France et en Hollande, existent pour rappeler que le pouvoir central bruxellois demeure l'ennemi des nations et de leurs peuples respectifs, le cheval de Troie d'une oligarchie financière apatride et destructrice des acquis sociaux. [...] La gauche a peu à peu abandonné ses fondamentaux au profit de revendications pseudo-humanistes déconnectés des réalités quotidiennes (féminisme archaîque, droit des minorités, sans-papiers...) pour mieux cacher leur proximité économique d'avec le camp voisin. Une tartufferie électoralement sanctionnée par trois défaites présidentielles d'affilée et qui se révèle aujourd'hui éclatante, tandis que la droite peine à faire croire qu'elle incarne l'identité nationale alors qu'elle ne représente que des milieux d'affaires cosmopolites. »

 

François Tangui, membre d’Egalité & Réconciliation Grand-Ouest 

 

Sur le même sujet :   Egalité & Réconciliation :  la  Gauche  Nationaliste  Française

 

Pour en savoir plus :    le site d’Egalité & Réconciliation

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Jeudi 27 décembre 2007

Un texte très intéressant de Claude Beaulieu, militant communiste et président du Comité Valmy, auquel je souscris sans réserve. Ce marxiste dégagé des anciens dogmes nous invite à renouer avec l’héritage de la Résistance, nous rappelant le rapport direct qui existe entre socialisme et souverainetés nationales.

 

« Lorsque Cohn-Bendit, Négri, Strauss-Kahn, Rocard, Giscard et les autres fédéralistes européens expriment leur haine de la nation, c’est en réalité une haine du peuple et de la République qu’ils manifestent. C’est une haine de classe au service de l’Europe, outil d’une globalisation menée par la finance mondialisée. Une haine de classe, car de nos jours, les Etats-Nations sont devenus, au service des peuples, les principaux obstacles à la domination de ce totalitarisme sous hégémonie américaine, lequel entend bien les détruire. Pourtant, la réalité nationale est bien vivante. En France, avec la République, la laïcité et la question sociale, desquelles elle est indissociable, elle reste au cœur du combat populaire pour la liberté, la paix, la démocratie, le progrès et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. [...]

 

Aujourd’hui, prenons-en conscience, en Europe particulièrement, ce sont les capitalistes financiers qui n’ont plus de patrie. Les dirigeants américains, tout étant eux-mêmes des nationalistes bellicistes, entendent détruire les Etats-Nations, qui sont pour les peuples les bases de leur résistance et deviennent le cadre privilégié du combat démocratique. Le peuple laborieux, dans le combat actuel, doit s’unir et reconquérir la souveraineté populaire et nationale, rétablir la République et la démocratie. C’est le seul chemin vers le progrès social et l’émancipation. Par opposition aux pratiques de soumission de la social-démocratie maastrichtienne, le moment est venu d’une rupture franche. Celui de la construction d’une alternative populaire, démocratique, anti-impérialiste, patriotique, républicaine et sociale. L’internationalisme passe par la résistance populaire des nations et des peuples, par leur alliance. Toute Europe supranationale est incompatible avec le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Un rassemblement pluraliste, du type de celui de la Résistance, est à l’ordre du jour. »

 

Lire le texte en entier sur le site d’Egalité & Réconciliation

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Mercredi 21 novembre 2007
« La gauche n’a plus rien à proposer en matière de politiques socio-économiques. Elle a fait, au mieux, du néolibéralisme sans enthousiasme, et son discours est devenu purement moralisateur, mettant en avant des "valeurs" antiracistes, féministes, antifascistes, etc., qui sont supposées la distinguer de la droite. Sur le plan pratique, la principale initiative de la gauche a été de se lancer dans la "construction européenne". Laquelle a eu pour principal effet de rendre impossible toute alternative au néolibéralisme. Les Socialistes et les Verts, en encourageant cette construction au nom de leurs "valeurs", principalement l’antinationalisme, ont mis en place un dispositif institutionnel visant à les prémunir contre leurs propres audaces, ou plutôt contre celles de leur base. L’idée étant d’isoler le processus politique de l’influence des citoyens, en confiant un maximum de décisions à une bureaucratie non élue et ouverte à l’influence de tous les groupes de pressions privés. [...]

 

Tous les mouvements politiques couronnés de succès sont ceux qui croient à ce qu’ils disent. [...] Dans la mesure où la gauche ne fait que plaider pour une politique de droite modérée, elle n’a aucune chance de l’emporter. Pour changer cela, il faut commencer par revenir à ce qui est la racine du conflit entre la gauche et la droite – et qui ne porte pas sur les "valeurs", et surtout pas sur le féminisme ou l’antiracisme, que la droite moderne est parfaitement prête à accepter – la question fondamentale du contrôle de l’économie. [...]

 

S’il y a une position de gauche qui reste populaire, c’est bien la défense des services publics et des droits des travailleurs, qui sont les principaux moyens de lutte existant aujourd’hui contre le pouvoir des détenteurs du capital. En fait, tout le programme implicite de la construction européenne est d’arriver à détruire, en sauvant les apparences, le "paradis social-démocrate" fait de sécurité sociale, d’enseignement généralisé, de soins de santé publics, qui est une forme embryonnaire de socialisme et qui demeure extrêmement populaire. »

 

Jean Bricmont (auteur de "Impérialisme humanitaire", Aden, Bruxelles, 2005), "An 01 de la Gauche : on arrête tout, on réfléchit", Le Monde Diplomatique, août 2007

 

Sur le même sujet :   les  Métallos  ou  les  Bobos :  le  PS  Doit  Choisir  - la  Gauche  Suisse  contre  le  Peuple  Suisse  - la  Mondialisation  et  les  Contradictions  de  la  Gauche  Européenne  - la  "Gauche"  Social-Démocrate  contre  le  Peuple  - Cocu  pour  Cocu...

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Samedi 17 novembre 2007

Discours d’Alain Soral prononcé à Villepreux, les 8 et 9 septembre 2007, pour Egalité et Réconciliation

 

 

« Bourgeois… Hier, disons jusqu’à la fin des années 70, le mot bourgeois était considéré comme une injure, tant par le prolo, que par l’artiste ou l’aristo déchu. Il a aujourd’hui disparu du vocabulaire, au profit du riche, du people, du jet set, prouvant ainsi que l’argent – et les valeurs qui vont avec – ne sont plus honteux ni suspects. Ni honteux ni suspects aux anciennes élites du gotha que l’on peut voir rivaliser de vulgarité avec les nantis du show-biz dans Gala. Ni honteux ni suspects aux classes populaires qui rêvent elles aussi de réussite individuelle fulgurante en grattant leur ticket de Loto et en regardant Saga et La Nouvelle Star. Ni honteux ni suspects au sous-prolétariat immigré qui ne rêve lui aussi que maille, custom et bimbos. Anciens riches, moyens pauvres, nouveaux pauvres… chez tous, partout, l’idéologie libérale a triomphé, car quand on parle de "bourgeois", c’est d’abord de ça qu’il s’agit.

Qu’est-ce que le monde bourgeois ? Une communauté humaine, une classe sociale devenue monde avec sa prise de pouvoir sur la terre et les esprits, et qui ne fait qu’une avec l’histoire du libéralisme. Comprendre la bourgeoisie, ce qu’elle est, ce qu’on peut lui reconnaître et lui reprocher, c’est d’abord comprendre l’épopée libérale, son ascendance, sa domination, ses mensonges, ses contradictions, sa décadence. Le monde bourgeois libéral est fondé – comme toute société, tout groupe humain – sur deux piliers : l’un spirituel,  l’autre matériel. De savoir lequel a antériorité sur l’autre – qui distingue thèse idéaliste et thèse matérialiste – a moins d’importance que de comprendre que, comme pour la tête et les jambes, l’un ne va pas sans l’autre.

 


Les deux piliers du monde bourgeois libéral sont donc : l’individualisme, inauguré et théorisé par le cogito de Descartes, le "je pense donc je suis", une affirmation/émancipation du monde ancien, où primaient la communauté et le fatum, qui contient en puissance toute la liberté et toute l’arrogance de l’ homme moderne ; le marché, qui, dans ce monde partant de l’individu libre et pensant, devient le seul "nous", la seule communauté qui régit désormais, dans un monde sans Dieu, les relations entre les hommes. Un double avènement de la rationalité des sciences de la nature contre l’ordre divin et de l’intérêt individuel quantifiable comme mobile de l’action, qui fait de l’ère bourgeoise un monde basé sur la Raison, l’individu libre en droit, sinon dans les faits, et l’intérêt individuel bien senti. Un homme libre, conscient de ses droits, et à la recherche de son intérêt, qui définit le libéral de l’ascendance. Libéral de la période de l’ascendance dont la figure la plus parfaite fut et reste, en France, l’ironique Voltaire, soit "l’honnête homme" doublement spéculateur : spéculateur sur le plan de l’esprit : (le cogito de Descartes partant du dubito : "dubito ergo sum res cogitens" : je doute donc je suis un être pensant), spéculateur aussi sur le plan des affaires, cet honnête homme empli de doutes étant aussi trafiquant d’armes et marchand d’esclaves, soit un libéral au sens anglo-saxon et thatchérien du terme !

 

Belles idées bourgeoises universelles et abstraites, rendues possibles par leurs moins belles conditions matérielles : libre penseur ET affairiste, c’est là que le bât blesse ! Voilà pourquoi, libéral signifie tout à la fois, dans notre imaginaire contemporain : homme d’esprit ouvert, mais aussi affairiste froid, soit l’homme de droite et l’homme de gauche, puisque l’épistémologie libérale rationaliste mène aussi bien aux "droits de l’homme" d’un Rousseau qu’à l’égoïsme transgresseur d’un marquis de Sade. Celui-ci n’ayant jamais fait, par provocation littéraire, que pousser jusqu’à ces conséquences ultimes l’amoralisme intrinsèque de l’éthique bourgeoise libérale. Cette dualité constitutive de la sensibilité de l’homme de raison libéral, derrière lequel se tient l’homme du Marché, Marché lui-même considéré comme le seul lien social raisonnable – donc finalement naturel – entre les hommes, réduits du coup à l’homo economicus. Cette dualité va constituer l’épopée collective de la bourgeoisie, selon le développement de ses contradictions pour donner, à la fois, l’histoire de la droite et l’histoire de la gauche bourgeoise : soit la lutte de la droite économique libérale, contre la gauche droitdelhommiste au sein de ce que le petit théâtre bourgeois va appeler le "débat démocratique". Cette dualité problématique va aussi constituer la "sensibilité bourgeoise", l’histoire de sa sensibilité culturelle que l’on peut qualifier de "conscience douloureuse". Une conscience douloureuse et coupable de cette contradiction, qui va pleinement s’exprimer dans la nouvelle forme artistique qui lui est consubstantielle : le roman bourgeois.


Mais si l’éthique bourgeoise de liberté et d’égalité formelle, fondée sur le droit naturel et la Raison, a permis l’ascension de la bourgeoisie, sa séduction sur le monde des idées par l’idéologie des Lumières, et enfin sa prise de pouvoir sur l’Ancien régime du fatum et du droit divin, c’est le profit bourgeois, sa domination par l’argent, qui en a fait peu à peu la classe toute puissante, toute puissante au point de pouvoir se passer peu à peu de son éthique humaniste, au fur et à mesure de l’exacerbation intenable de ses contradictions. Une éthique bourgeoise bientôt réduite à une rhétorique aussi desséchée qu’avait pu l’être la scolastique de l’Ancien régime, pour ne plus garder de l’humanisme rationaliste que son scientisme. Le progrès scientifique ayant le gros avantage de témoigner à la fois de la supériorité de l’esprit bourgeois par la preuve concrète de sa domination de la matière, mais surtout de constituer, via le progrès technique, une des clefs du renouvellement et de l’accroissement du profit. Ainsi, progressivement, la classe sociale du "doute créateur" et de l’égalité en droit est-elle devenue la classe de la fuite en avant technicienne mue par l’appât du gain, la valorisation du Capital – qui est l’autre nom du Marché – et son corollaire, la démocratie de marché, devenant la nouvelle religion des philistins qui, après deux siècles de pleins pouvoirs, finissent par nous faire regretter l’ordre ancien et la noblesse d’Ancien Régime ! Mais cette épopée bourgeoise, bien que triomphante, n’est pas allée sans heurts, ces heurts n’étant jamais que la preuve concrète, et plus encore l’incarnation, de ses contradictions morales et pratiques. Car si la classe bourgeoise a dépassé l’aristocratie d’Ancien Régime, elle a aussi créé le prolétariat, le prolétariat et sa misère ouvrière, soit la preuve, par l’Histoire et la réalité concrète que, derrière l’entrepreneur, créateur de richesses, d’emplois et de progrès par la valorisation capitaliste de la technique, se tenait le spéculateur, créateur d’exploitation et d’inégalités. L’histoire de la lutte contre cette violence, par ceux qui en furent victimes, constituant l’histoire même du mouvement ouvrier.


Une misère matérielle et morale de la classe ouvrière en contradiction flagrante avec la promesse des Lumières et son idéologie économique de la "main invisible" – censée amener le bien-être collectif par l’égoïsme individuel – qui est, ne l’oublions pas, à l’origine de la critique marxiste du capitalisme comme du projet communiste, le marxisme n’étant jamais que cette idéologie de combat, critiquant à son tour la classe dominante, comme la bourgeoisie de l’ascendance l’avait fait avec la noblesse de droit divin. Idéologie socialiste du refus du mensonge de l’égalitarisme formel, comme de la fatalité divine, dont la stratégie fut elle-même double, avec d’un côté le syndicalisme de compromis, et de l’autre le syndicalisme révolutionnaire ; d’un côté, une gauche scientiste, positiviste, tentant de réformer la bourgeoisie, mais en en gardant les fondements, et de l’autre une gauche plus romantique, plus radicale, persuadée que l’éthique et l’épistémologie ne font qu’un, et qu’on ne peut échapper à l’une, sans repousser l’autre, une gauche radicalement anti-bourgeoise opposée au compromis social-démocrate, pour qui le problème ne se limite pas à l’élévation du pouvoir d’achat, qui tentera, sans jamais y parvenir, de dépasser l’ère bourgeoise libérale, tant sur le plan politique qu’épistémologique et moral. Gauche radicale qui essaiera de dépasser l’homme bourgeois soit par l’idéologie de l’homme nouveau, qui débouchera sur le communisme pur et dur, soit en recourant en partie à des valeurs du monde ancien comme la valorisation de la famille chez Proudhon, l’héroïsme ascétique gréco-romain cher à Sorel, quitte à passer des alliances avec des forces anti-bourgeoises issues de l’Ancien régime et de la droite des idées.


Trois voies très différentes, la première aboutissant à notre actuelle gauche social-démocrate PS, soit cette gauche de collaboration avec la bourgeoisie du Capital qui a partout triomphé en Europe ; la seconde aboutissant à l’épopée communiste soviétique et à l’histoire du PCF qui s’est finie comme vous savez ; la troisième, à la fois révolutionnaire et conservatrice, et qui n’a jamais été qu’embryonnaire et expérimentale, mais qui est peut-être aujourd’hui la plus féconde et la plus porteuse d’espoir, avec des penseurs comme Latouche, Michéa et le dernier de Benoist.


L’épopée marxiste-léniniste, qui fut la plus importante par sa durée et son ambition – tentative de création d’un homme nouveau et d’une société sans classes – ne doit pas cacher qu’il y eut d’autres tentatives de sortir de la domination libérale-bourgeoise, tentatives non pas fondées sur le combat social et politique mais sur la fuite : la fuite individuelle, poétique, dans le passé mythifié par l’idéalisation du Moyen-Âge et de la Nature que fut le Romantisme ; fuite également individuelle, non pas dans le temps mais dans l’espace géographique par l’exotisme, qui consiste à fuir le monde bourgeois occidental pour aller vivre dans d’autres sociétés, souvent plus traditionnelles, sociétés de castes aux Indes, sociétés tribales en Afrique – une démarche de rupture par la fuite qui fut à l’origine, ne l’oublions pas, du mouvement hippie, même si cette tentative fut finalement transformée à son tour en marché. Deux formes de passéisme qui ne doivent pas se confondre avec les expériences mixtes, mi-rétrogrades mi-futuristes que furent le fascisme et le nazisme, expériences politiques et sociales qui prétendaient garder la technique bourgeoise, mais mise au service d’une éthique puisée dans la période pré-bourgeoise, aux antipodes de l’idéologie des Lumières.

 

Tentative fasciste, tentative nazie, mélanges de rationalisme technique et d’irrationalisme éthique, qui ont elles aussi échoué, et que la gauche, pour garder son leadership moral, feint souvent de confondre avec ces constructions de l’esprit plus subtiles que furent les idéologies de troisième voie qui se posèrent sérieusement la question, en Russie, en Allemagne et en France, des limites progressistes de l’idéologie du Progrès. Tentative de troisième voie, qui s’incarna en France, dans l’éphémère cercle Proudhon, lieu de dialogue entre monarchistes nationalistes et syndicalistes anti-réformistes, où des hommes de bonne volonté, attachés par-delà leurs origines aux mêmes valeurs de noblesse de cœur, d’honneur, de combat et d’amour de la patrie, tentèrent à l’aube de la guerre de 14, une improbable union sacrée anti-bourgeoise. Une union sacrée des hommes de bonne volonté à laquelle le Système répondit par l’union sacrée cocardière contre les boches, comme aujourd’hui le même Système tend à empêcher l’union sacrée des victimes du marché : petits patrons, artisans, employés, prolétaires de toutes origines, par l’union sacrée contres les beurs – soit la haine des maghrébins que ces mêmes bourgeois au pouvoir ont pourtant massivement fait venir sur notre sol.


Malgré les échecs des tentatives trans-courants passées, je pense que c’est encore du côté de cette « troisième voie », de cette union sacrée généreuse et subversive vilipendée autant par la droite libérale que par la gauche trotskiste, que se trouvent les pistes les plus fécondes. Je pense que c’est du côté de cette union sacrée, aux antipodes de la théorie actuelle du « conflit de civilisations », que se trouvent à la fois le salut de la France et une alternative à la médiocrité bourgeoise.

 

Une alternative à ce monde bourgeois aujourd’hui pleinement incarné par l’imperium américain, ses valeurs communautaires et inégalitaires derrière lesquelles se cache la volonté de toute puissance d’un capitalisme financier mondialiste, destructeur de spiritualités, de cultures, de différences, d’identités. Un mercantilisme généralisé d’essence anglo-saxonne très loin de nos valeurs héléno-chrétiennes, gallo-romaines, celtes et de notre destin euro-méditerranéen. Mais après l’échec, souvent dans le feu et le sang, de tous les régimes qui s’y sont opposés, il faut bien admettre que la démocratie de marché – ou la démocratie n’est en fait que le moyen du marché – ne fait, depuis les années 80, que marquer des points et s’étendre. S’étendre, là où elle est née, en Europe occidentale à tous les domaines de la vie, y compris ceux de l’esprit, de l’intime, par la marchandisation du corps, de la culture, de la médecine et même de la religion, réduite elle aussi, loin de toute transcendance à la loi libérale des droits de l’homme. Démocratie de marché qui ne fait que marquer des points et s’étendre géographiquement : à l’Inde, à la Chine – l’Afrique y échappant seulement par la misère – et qui se révèle être, de fait, et contrairement aux affirmations naïves d’Hannah Arendt, le seul et vrai totalitarisme.


Alors que faire ?

 

Sans revenir sur les expériences passées, essayons de voir, aujourd’hui, ici, en fonction de la réalité et des forces en présence, quelles sont les alternatives possibles au monde bourgeois, à cette marche en avant d’un totalitarisme marchand qui ne cesse de muter pour se renforcer et se survivre. Poussée en avant par la loi du profit, contrainte de trouver sans cesse de nouveaux marchés, la bourgeoisie pour rester maîtresse du jeu ne cesse de changer, changer jusqu’à nier les valeurs qui lui permirent de s’imposer. Entrepreneuse et économe à la période du décollage, elle fonctionne aujourd’hui, à l’opposé : sur la spéculation financière – qui paralyse toute volonté d’entreprendre – et sur le marché du désir, aux antipodes du moralisme bourgeois du XIXème siècle, démontrant par-là que le premier principe, le principe ultime du monde bourgeois auquel il est capable de sacrifier tous les autres, c’est le saint profit. Un libéralisme qui fut puritain pour devenir libertaire, après et grâce à Mai 68, et qui a encore muté depuis l’élection de Sarkozy en libéralisme sécuritaire, soit un régime libéral envers la bourgeoisie mondialiste et tout ce qui favorise l’affaiblissement de la nation, mais un régime sécuritaire, non pas envers les délinquants ou les clandestins qui posent problème au peuple, mais envers les salariés et les classes moyennes, qui pourraient avoir envie de se révolter contre l’élite libérale. Un régime libéral sécuritaire que l’on peut définir aussi, loin de toute remise en ordre, comme un libéral-libertarisme qui, se sentant passé de mode, fait semblant de résoudre les problèmes qu’il a lui-même créés et qu’il continue d’aggraver, par deux trois lois gadgets qui pénalisent toujours, en fin de compte, le petit bourgeois et le petit blanc, régime sécuritaire envers le peuple du travail, sans jamais toucher, en réalité, à la délinquance des prédateurs sous-prolétaires et des prédateurs de l’élite, une société libérale sécuritaire que l’on peut qualifier aussi de "Société de consommation policière", à la fois permissive pour l’abruti consommateur et répressive pour le citoyen producteur, sur le modèle américain.


Car ce totalitarisme auquel nous devons résister, malgré la disproportion des forces en présence, nous vient d’abord, je le répète, du monde anglo-saxon. Aujourd’hui incarné par l’empire américain, comme il l’était au siècle dernier par l’empire britannique, cette puissance d’essence biblico-protestante, inégalitaire et thalassocratique, s’est toujours montrée hostile à la France chrétienne et catholique, à son destin euro-méditerranéen, et ne lui a toujours proposé, en fait de partenariat, qu’une relation de sujétion. Une soumission même, qui s’est malheureusement souvent accomplie avec la complicité des élites françaises, que ce soit celle de Philippe-Egalité sous la Révolution française, de Pascal Lamy via la communauté européenne, et bien sûr d’un certain président Sarkozy aujourd’hui. Un libéralisme brutal, qui a tourné le dos à la morale des Lumières, et qui ne pouvant plus justifier ses exactions dominatrices et guerrières par la Raison, s’est réfugié aujourd’hui dans la mystique, le Dieu tribal de l’élection de l’Ancien Testament. Un ultralibéralisme mystique et mystificateur qui tente, depuis un certain 11 septembre, de nous entraîner dans un pseudo "conflit de civilisations" qui tend, surtout pour nous, à opposer Europe et Occident, à empêcher une Europe des peuples et des nations qui est notre intérêt, au profit d’un Occident qui n’est que le faux nom de la domination du capital anglo-saxon. Une offensive de l’Empire capitaliste anglo-saxon qui passe aujourd’hui, outre cette idéologie mystico-libérale des néo-conservateurs, par la globalisation. Une hégémonie mondiale du marché – et de ceux qui le pilotent – qui passe nécessairement par la destruction des nations et notamment de la nation française. Une nation française systématiquement assimilée à la période cocardière et belliciste du Barrès de la deuxième époque, pour liquider, en réalité, ce modèle français progressiste, égalitaire, laïc et assimilationniste, qui protège à la fois notre souveraineté, la liberté de conscience et les acquis sociaux du peuple. Une nation que la droite libérale – au nom de la lutte contre l’archaïsme, épaulée par la gauche trotskiste – au nom de la lutte contre le nationalisme guerrier, s’acharne aujourd’hui à liquider. Collaboration en douce des libéraux et des gauchistes qui explique, sans doute, la cote du petit facteur de Neuilly auprès des médias et des décideurs.


C’est pourquoi pour résister à cette mise au pas impériale et à son totalitarisme mystico-marchand, nous devons, en premier lieu, défendre la nation. Défendre, face aux critiques de droite comme de gauche, non pas un nationalisme obsolète et vengeur, mais un néo-nationalisme, protecteur des acquis sociaux issus du CNR, de notre industrie, de nos emplois et de notre indépendance. Un alter-nationalisme capable de penser une saine coopération des nations et des peuples. Un nationalisme français, assimilationniste mais non métisseur, basé sur un Etat fort capable de dire les priorités en matière économique afin de protéger notre industrie, les bas salaires, les PME. Un Etat fort doté aussi d’une vision stratégique conforme à nos intérêts nationaux, intérêts qui ne sont évidemment pas la sujétion à un Empire anglo-saxon qui nous a toujours méprisés sur le plan des valeurs et qui a toujours joué contre nous, que ce soit du temps de la perfide Albion, au Canada, en Inde, ou plus récemment avec les Etat Unis, quand on connaît le jeu pervers qu’ils ont joué en Indochine ou en Algérie, pour affaiblir notre rayonnement. Bref, défendre une France sociale et non alignée. Travailler, pour se faire, à des partenariats avec tous les régimes qui résistent au nouvel ordre mondial, du Venezuela de Chavez à la Russie de Poutine, sans oublier le prestige et la place qui sont encore les nôtres en Méditerranée, là où on parle encore français et où on respecte le passé de la France – sinon sa gouvernance actuelle, au Maghreb, au Liban. Une fraternité de toutes les sociétés dont le rapport au temps, à l’utilité, au calcul se situe du côté d’un certain héroïsme, d’une certaine poésie de l’existence : monde slave, monde arabe, qui ne sont pas sans rappeler, chez nous, la vision de notre catholicisme du Moyen-Âge, le socialisme romanisant aussi d’un Sorel, d’un Proudhon.


Compte tenu de l’échec du socialisme soviétique rejeté par les peuples, comme du réformisme social-démocrate, entièrement soumis au diktat du capital, je dirais pour conclure, avant d’en débattre avec vous, que la seule alternative possible au monde bourgeois ne peut passer que par l’union sacrée des réactionnaires et des progressistes. Union des réactionnaires : qu’ils soient catholiques, hellénistes, musulmans, monarchistes, mais tous attachés à un certain ordre classique, tous ennemis du monde bourgeois, unis avec les progressistes, qu’ils soient issus du PCF de Georges Marchais, de l’actuel Parti des Travailleurs, sympathisants de la résistance serbe ou du chavisme vénézuélien. Union des réactionnaires qui ont souvent eu raison et des progressistes qui se sont souvent fait avoir, contre les libéraux qui ont manipulé tout le monde et qui nous dominent aujourd’hui en nous divisant pour régner. Contre ce monde voué au seul culte de Mammon où il ne s’agit plus, après l’échec du soviétisme et le triomphe à gauche de la social-démocratie de marché, que de satisfaire le consommateur par l’augmentation constante d’un pouvoir d’achat permis par la croissance. Contre cet empire de la fuite en avant engagé dans la destruction de plus en plus visible de nos sociétés humaines et de la nature par une politique de la croissance qui pose de plus en plus de problèmes de surproduction, de pollution, d’inégalités et qui nous mène à la catastrophe.


Quel projet, quel espoir ?

 

Bien sûr, pas la révolution demain matin du grand soir. Mais en attendant un plus favorable rapport de forces, ne pas subir de plein fouet, trop douloureusement, cette dictature mondialiste et marchande, en nous regroupant. Nous organiser en réseaux, être solidaires. Continuer, malgré la destruction de l’intelligence et du sens, à produire la critique pertinente et nécessaire d’un monde fondé sur le changement permanent. Elaborer une doctrine de lutte et de résistance sans tomber dans la scolastique, la stérile nostalgie, afin d’échapper, au moins par la conscience et la fraternité, à un Système qui, quand il ne nous mate pas dans nos têtes, nous réduit à la précarité, la solitude, la dépression. Sans aller jusqu’au camp des saints, nous regrouper dans un projet collectif, maintenir un espoir, tenter malgré tout d’être vivants et heureux – raison pour laquelle nous sommes tous réunis ici !

 

Je vous remercie d’avoir écouté ce bref exposé et j’attends vos questions… forcément intelligentes et courtoises ! »

 


 

illustrations et photomontages trouvés sur le Forum d'Alain Soral

 

Autre discours de Soral :   Gauche  Sociale  et  Droite  Sociétale

 

Alain  Soral  Analyse  les  Présidentielles  Françaises  (vidéo)

 

Site d’Alain Soral

 

Site d’Egalité et Réconciliation 

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Samedi 27 octobre 2007

« Plus on s'élève dans la hiérarchie sociale, plus la pratique des vertus humaines élémentaires devient difficile voire impossible. Comme le dit l'adage américain: «Si vous vivez à Washington et que vous cherchez un ami fidèle, adoptez un chien.» En revanche, dans les milieux populaires, dont l'idéal politique est d'abord négatif («ne pas être opprimé», notait Machiavel), les dispositions à l'entraide sont encore massivement répandues, pour le plus grand désarroi, d'ailleurs, de cette gauche contemporaine fascinée par toutes les formes de transgression. 
 

Certes, avec la destruction planifiée du cadre urbain et rural, et la précarisation de la vie professionnelle, ces valeurs de solidarité sont en recul constant. Mais toute observation sérieuse montre qu'il reste encore de la marge et un grand potentiel de résistance politique à la libéralisation intégrale de la vie humaine. A votre avis, pourquoi les banques ont-elles pris l'habitude de changer régulièrement le conseiller personnel de leurs clients? Parce qu'elles savent qu'un simple employé, avec le temps, risquerait de s'attacher a eux et de se comporter non plus comme un commercial qui doit à tout prix placer ses produits, mais comme un être humain. C'est là, en somme, un hommage du vice libéral à la vertu des gens ordinaires. [...]

 

Si l'existence familiale des nouvelles générations doit essentiellement se dérouler entre le réfrigérateur en accès libre, la télévision, le téléphone portable, le MP3, l'ordinateur et la console de jeux, je doute que cette nouvelle forme de socialisation soit très favorable au développement du type humain requis par une société socialiste, c'est-à-dire par une société dans laquelle chacun pourrait vivre d'une activité ayant un sens humain. [...]

 

La seule question qui doit se poser est de savoir s'il s'agit d'éduquer une génération de consommateurs égocentrés en symbiose parfaite avec la logique libérale ou, à l'inverse, une génération capable de résister radicalement à cette logique et de reprendre à son compte, sous les formes qui seront les siennes, l'idéal d'une société réellement humaine. Je comprends que les sociologues officiels – dont le système choisit de médiatiser les analyses – privilégient la première option et y voient un progrès civilisationnel incomparable. Ils ne vont pas mordre la main qui les nourrit. »

 

Jean-Claude Michéa, auteur de "L’Empire du Moindre Mal : Essai sur la Civilisation Libérale " (Climats, 2007), Le Nouvel Observateur, 27 septembre 2007

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Lundi 1 octobre 2007

Ci-dessous le discours prononcé par Alain Soral à l’Université d’été du Parti Populiste, où il était invité à la fin du mois de septembre :


 

Depuis l’élection de Sarkozy la preuve semble être faite qu’il n’y a plus ni gauche ni droite. Même si l’ouverture à gauche de Sarkozy est en réalité l’union sacrée des libéraux-atlantistes, Il est clair qu’il n’y a plus guère de différence – sur le plan de l’économie comme des questions de société – entre la gauche bobo du PS et la droite libérale pseudo sécuritaire d’un Sarkozy. Si pour les gauchistes, Sarkozy est un homme de droite (parce que soit-disant sécuritaire, ce qui est lui faire une publicité qu’il ne mérite pas !), pour ceux de la droite nationale, c’est un homme de gauche : droit de l’hommiste et sans-papiériste, au mieux une sorte de Tony Blair français. En fait, on peut aussi bien dire aujourd’hui que les politiques du Système sont tous de gauche : - tous pour le droit du sol, le mariage gay… Ou qu’ils sont tous de droite : - tous ralliés à la domination politique de l’économie de marché. Mais cette confusion de la gauche et de la droite vient aussi de la confusion de leur définition. Confusion de leur définition, de gauche, de droite, qui nous amène à rappeler qu’il y a deux façons de définir la gauche et la droite.

 


Il y a d’abord, historiquement, la définition de droite qui nous vient de l’Ancien régime. Définition qui voit dans la droite les valeurs positives d’honneur, de morale, de respect des anciens et de la hiérarchie. La gauche étant alors la destruction de ses valeurs par le libéralisme montant, libéralisme montant qui débouchera sur la Révolution française. Le libéralisme, ses valeurs de calcul amoral et sa destruction de l’ordre ancien, devant donc être considéré comme le mal de la gauche. Ce que certains hommes qui se croient de la droite traditionnelle ont tendance à oublier. Il y a ensuite la définition de gauche qui nous vient du marxisme et de la Révolution d’octobre, pour qui ce qui définit la gauche et la droite, c’est le rapport Capital / Travail. Est de gauche ce qui favorise le Travail. Est de droite ce qui favorise le Capital. Selon cette définition bien comprise, un patron de PME aujourd’hui est donc de gauche, puisque du côté du travail productif. Un actionnaire du Medef est au contraire de droite, puisque du côté de la rente, de l’exploitation et du parasitisme, tout comme le fils de famille oisif, fut-il gauchiste et RMIste professionnel. On remarquera au passage que les valeurs de la Révolution française – formellement de gauche, puisque fondées sur un égalitarisme abstrait et déclaratif, mais pratiquement de droite, puisque triomphe du libéralisme montant – ne permettent pas de trancher nettement entre les deux camps : de gauche comme le peuple, ou de droite comme la bourgeoisie ?

De cette première clarification des gauches et des droites, on peut déjà conclure qu’un parti populiste qui défend à la fois les valeurs morales et le monde du travail est de droite, selon la première définition, et de gauche selon la deuxième. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe plus ni gauche ni droite et encore moins que tout ce vaut. Mais qu’il existe une droite morale qui est, si on y réfléchit bien, la condition de la gauche économique. Et, à l’inverse, une gauche amorale qui s’est révélée être la condition idéologique de la droite économique dans sa version la plus récente. Remarque qui nous amène à mai 68, à la société de consommation et au fameux libéralisme libertaire. Un libéralisme libertaire qui n’est rien d’autre que la gauche sociétale au service de la droite sociale, afin de détruire à la fois la gauche sociale et la droite sociétale : - la gauche sociale incarnée à l’époque par le PCF, - en même temps que la droite sociétale, incarnée à la même époque par de Gaulle et son monde des valeurs de culture maurrassienne. [...]


Quel point commun y a t-il entre la droite nationale des valeurs et la droite libérale du profit ? Je dirais aucun, sinon la prétention à la domination par deux groupes sociaux, en réalité inconciliables : - L’un se fondant sur un ordre moral et la hiérarchie naturelle du monde ancien, - l’autre sur l’amoralisme intégral et moderne de la loi du profit, porte ouverte à tous les arrivismes, toutes les décadences et toutes les mobilités sociales. Union de deux groupes à prétention dominatrice où le premier, qui n’en a pas les moyens, se met au service du second qui ne partage aucune de ses valeurs.
Les libéraux se servant des conservateurs, qu’ils ont historiquement vaincus et chassés du pouvoir, comme autant d’idiots utiles pour garder le pouvoir contre le peuple. Dans la pratique ? C’est le bourgeois frontiste de la région PACA qui a voté Sarkozy comme il votait hier Le Pen, pour, pensait-il, mettre un terme à la chienlit, et qui se retrouve au final avec Cécilia, Kouchner et Rachida Dati ! En fait d’union des droites : l’éternelle manipulation de la très respectable droite des valeurs par le monde de l’argent, issue, je vous le rappelle, de la gauche historique. Une union que l’on peut aussi qualifier plus brutalement d’union du mac et du cocu !

 

 

Pour lire le discours en entier, voir le site d’Alain Soral



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-          Alain  Soral  Analyse  les  Présidentielles  Françaises

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