JUSQU’OÙ VA-T-ON DESCENDRE ?

Publié le par Unité Populaire



L’organisation Stop Sida nous avait habitués, ces dernières années, à des campagnes d’affichage ne faisant pas forcément dans la dentelle et parfois peu respectueuses de la sensibilité de l’homme de la rue. En ce mois d’avril 2008, un nouveau cap a été franchi : nous avons droit, toujours au format mondial, à une joyeuse scène de copulation de spéléologues explicitement représentée ainsi qu’une autre de coït anal entre deux cosmonautes gays et souriants au dessous de la délicate mention « Même en voyage d’affaires, le préservatif s’impose ». Depuis quelques semaines, tous nos concitoyens, quel que soit leur âge, sont confrontés à ces affiches obscènes, placées généreusement à tous les coins de rue dans nos villes, jusque devant les écoles primaires, et ce avec le financement et la bénédiction de notre gouvernement (ou plus précisément de l’Office fédéral de la santé publique, dépendant du Département fédéral de l’intérieur). Lequel gouvernement, au prochain fait divers un peu sordide (et nous remarquons qu’ils ont tendance à se multiplier ces dernières années), se fendra sans doute d’un communiqué sentencieux sur la dégradation des moeurs dans notre bon peuple...

 

Lorsqu’on voit cela, on est en droit de se demander : jusqu’où va-t-on descendre ?

 

Nous ne remettons évidemment pas en cause la nécessité de campagnes de prévention efficaces contre le sida, que ce soit pour inciter à l’usage du préservatif ou à la réintégration sociale des sidéens (ce sont d’ailleurs deux des objectifs de cette organisation), mais tout est dans la manière. Stop Sida a prouvé par le passé – même si ce passé remonte déjà à assez loin – qu’il avait dans ses rangs des créateurs et des graphistes de talent, sachant faire passer des messages délicats avec humour, bon goût, et surtout avec pudeur. Nul besoin, pour sensibiliser la population, de recourir à la pornographie ! Il faut bien avouer que ces dernières années, dans le domaine de l’affichage public, en matière d’exhibition et de racolage, c’est la surenchère ; Stop Sida se croit peut-être obligé de rentrer dans cet engrenage pour rester « concurrentiel », pour pouvoir se faire remarquer dans la cohue publicitaire qui encombre notre espace public, cohue toujours plus envahissante et repoussant toujours plus loin les bornes de la décence.

 

Seulement, les citoyens de ce pays ne l’entendent pas sur ce ton-là. Nous voulons porter ici la voix des familles, la voix des mères qui se promènent avec leurs enfants en ville et se voient assaillies à tous moments par des images de femmes-objets dénudées, des sous-entendus grivois, quand ce ne sont pas des scènes explicites de sodomie. Nous voulons porter cette protestation au nom des Suisses et des autres, de toutes conditions et de toutes origines, qui parcourent nos rues chaque jour et sentent que ces rues ne sont plus à eux. Car c’est ainsi : il n’est plus ici chez lui celui qui, élevé dans des traditions familiales fortes et enracinées, voit son espace public pris d’assaut par les représentations les plus décomplexées, les messages les plus immoraux, tous inacceptables et en violente contradiction avec les valeurs de notre peuple – et, à ce que je sache, de tous les peuples du monde. C’est la voix de tous ces gens-là que nous voulons porter devant les fauteurs de désordre, la voix de cette écrasante majorité de nos concitoyens, majorité silencieuse qui a pris l’habitude de fermer le poing dans sa poche et de se taire, sachant bien qu’à la moindre protestation, au moindre doute exprimé au sujet de la pertinence de cette campagne, ils se feraient immédiatement rabrouer par les tenants habituels du système, avec le désormais inévitable discours de culpabilisation : madame, monsieur, vous êtes rétrograde, vieux-jeu, coincé, ringard, intolérant, homophobe, quand ce n’est pas pire encore. Détendez-vous, vous dit-on, soyez de votre temps : à quoi bon faire la fine bouche au même moment où vos chérubins s’échangent des films X sur leurs téléphones portables dans la cour de récré ? Et puis, du moment qu’ils se protègent, on peut tout montrer, n’est-ce pas ?

 

Cet exemple de la dernière campagne de Stop Sida, peut-être la plus écoeurante parmi celles dont nous sommes abreuvés ces derniers temps, n’en est toutefois qu’un parmi d’autres. Il est révélateur de la dérive – dérive à notre avis propre au système libéral – qui touche notre société du spectacle, société dans laquelle sous le prétexte de nous vendre quelque chose ou, comme ici, de remplir une mission d’intérêt public, on se permet de repousser toujours plus loin les limites et, sans le moindre état d’âme, de fouler aux pieds toutes nos valeurs les plus précieuses et les plus belles. Car, si ce n’est pas une attaque en règle contre nos valeurs, comment qualifier ces dernières campagnes de Stop Sida qui, successivement, entreprennent de banaliser les pratiques sexuelles marginales, de faire l’éloge de l’infidélité et de glorifier la prostitution, et le tout dans les formes les plus agressives et les plus crues ? Avec la caution du politiquement correct (idéologie de l’ouverture, de la tolérance et de l’indifférenciation) et la bonne conscience d’accomplir une action « humanitaire ».

 

Parce que nous comptons bien, en tant que citoyens de ce pays, garder un minimum de contrôle sur les quartiers où nous vivons, parce que nous voulons parler au nom de toutes celles et ceux que les pressions d’une certaine pensée unique découragent de protester haut et fort, et surtout parce que nous pensons à nos enfants, ces enfants qui ont le droit de se développer dans un environnement sain et à qui personne ne peut prétendre d’infliger de tels spectacles, nous allons très prochainement chercher des alliés à l’intérieur du Conseil national pour porter notre mécontentement devant le gouvernement et demander le retrait de la dernière campagne d’affichage de Stop Sida. Nous avons décidé d’agir sans plus attendre par nos propres moyens, notamment dans les villes de Lausanne, Genève et Neuchâtel, où vous aurez pu remarquer ces derniers jours que nous sommes intervenus physiquement sur les affiches ; renforcés dans notre intervention par une partie grandissante de l’opinion publique, nous avons toute légitimité à continuer ce que nous avons commencé. Nous invitons toutes celles et ceux qui veulent comme nous « des rues propres », dans tous les sens du terme, à se joindre à notre action et à manifester leur désapprobation de quelque manière que ce soit.

 

 

le comité directeur d'Unité Populaire

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